A Love Letter To

The Dreaded Question

3 months ago by

The Dreaded Question

« La journée a été bonne ? »

Une question posée un nombre incalculable de fois par mes parents /grands-parents/tantes/oncles/copains/amis/vendeurs de supérette.

A chaque fois, je déteste répondre. C’est tellement vague et vaste. Ça semble être une tache insurmontable pour résumer ma journée et toutes les émotions que j’ai pu vivre au cours des dernières 12 h. Comme si on me demandait de laver un éléphant dans une tasse à thé.

Mais récemment, j’ai mesuré la vulnérabilité qui entoure cette question, quand j’ai rendu visite à mon grand-père qui approche de la fin de sa vie. Pendant le vol aller, j’avais préparé un joli petit laïus dans ma tête, un truc super mignon, comme quoi j’étais hyper heureuse dans ma vie. Je voulais qu’il puisse être assuré de mon bonheur pendant ce qui serait sans doute notre dernière entrevue.

Parce que n’est-ce pas ce qu’un grand-père, un aïeul, veut entendre de la part de ses petits enfants ? Qu’ils sont heureux. Quand on n’a plus beaucoup de temps, qu’est-ce qui compte plus que le bonheur et la santé d’un proche ?

Quand je suis arrivée, je l’ai tiré de sa torpeur, il a souri en m’apercevant. Il m’a demandé de venir m’asseoir à côté de lui, de lui tenir la main, puis m’a demandé : « Alors, dis-moi comment tu vas. »

C’est là que j’ai craqué et que l’intégralité du joli petit discours policé que j’avais préparé s’est retrouvé jeté aux oubliettes.

A la place, je me suis mise à pleurer, on s’est tous les deux retrouvés un peu gênés de la situation. Lui était déstabilisé parce qu’il est un peu sourd et qu’il avait du mal à comprendre ce que je disais entre deux sanglots, et moi, j’étais gênée parce que je ne comprenais pas pourquoi cette banale question avait fait jaillir les grandes eaux capables de transformer le désert de Mojave en plaine fertile.

Pour lui dépeindre mon bonheur, c’était raté.

Quand j’arrive à faire face à l’éventualité qu’il quitte ce monde, ce qui me serre le plus la gorge, c’est l’idée que je ne pourrai plus faire quelque chose d’aussi simple que lui dire où j’en suis en ce moment (même si, n’ayant jamais eu de téléphone portable ni Internet, il a du mal à comprendre mon boulot, mais c’est une autre histoire).

Je suis en train de prendre conscience que ce n’est pas juste sa vie qui approche de la fin, mais que bientôt, il cessera de savoir où j’en suis, moi. Il ne sera bientôt plus le témoin de ma vie.

Ces dernières années, comme mon grand-père sentait la fin approcher, à chaque fois qu’on se disait au revoir après une réunion de famille, il me disait en guise d’adieux, des sanglots plein la voix : « Tu feras toujours les bons choix, hein ?”

Une requête si simple et si profonde à la fois. Et à mes yeux, la plus belle alors qu’il ne sera bientôt plus là pour voir ce que je fais.

Alors, oui, faisons, faites les bons choix. Prenons le temps de faire une pause, de détailler notre journée à la personne qu’on aime. De rappeler nos parents. Prenons le temps de dire à nos grands-parents ce qu’on fait, et même de leur expliquer le concept de Twitter. Qu’ils puissent être les témoins actifs de notre vie. Laissons-les nous aimer.

Parce que le plus courageux qu’on puisse faire, c’est d’aimer ceux que la mort peut toucher.

13 comments

Ajouter le votre
  • Be glad you got there. I’m sorry for your loss. It never gets easier.

  • Susy Roman 13 avril 2018, 4:37 / Répondre

    Just beautiful.

  • Dear Veronica, I started reading your words just to have a break form my morning work and then I found myself crying in front of my laptot… your words were so moving to me, my beloved GrandMa passed by this summer and I miss her so much …She was such a moral, luminous example to me and my sisters. In the last years her interests were all focused on the family, the lives of her grandsons, hoping that all of us founded their own path and happiness; So that’s I think what you were writing about, witnessing our lives and hoping we’re doing the right thing.

    Really hope you will have him for a long time besides you

    Elena ( Firenze)

  • Veronica 18 avril 2018, 11:07

    Hi Elena! Those are such sweet words about your Grandmother. I’m sure she’s so proud of the way you’re living your life. Sending you a big hug. x V

  • This is perhaps the best thing I have read on this site in years. So simple yet profound. Thank you for this, Veronica.

  • Veronica 18 avril 2018, 11:08

    Thank you so much for taking the time to read. xx

  • Ton texte est très touchant.C’est vrai qu’on veut toujours rassurer nos parents, en disant que tout va bien, ne pas leur faire de peine. Mais en faisant cela, on s’empêche d’avoir une vraie communication avec eux.
    C’est ce que je fais moi-même , je le reconnais, mais ça me rend souvent triste de ne pas pouvoir partager réellement ma vie avec les personnes que j’aime.
    Est-ce que quelqu’un a une solution à ça ?

  • J’en ai les larmes aux yeux.
    Oui, tu as raison: détailler sa journée à quelqu’un peut être un signe d’amour. On a parfois peur de gêner alors que l’autre espère justement connaître et partager nos moments simples, bons comme mauvais.

  • <3

  • Quel beau texte!

  • I actually cried reading your text Veronica. Beautiful and very true.
    Sending you a hug.

  • Veronica 18 avril 2018, 11:09

    Sending you a big hug back, Alice. xx V

  • I feel you so deeply ! My grandfather passed away 4 years ago, his voice -asking me to take care of myself, to always be authentic , and to put wise and passion in everything – is missed every single day !

From the Archives

La Plage
  • La Plage
  • Happy Holidays!
  • #AtelierDoréDoes
  • How To...
  • Things I Learned
  • Three looks
Net A Porter Atelier Dore

A L.A. Holiday

Down to Earth Swim

Down to Earth Swim

The Sun

The Sun

Sun

Sun

body happy garance dore photo

Body Happy

Beach Bum

Beach Bum

Au Soleil

Au Soleil

la plage garance dore illustration

The Beach

jennifer binney samudra hawaii city guide garance dore photos

Jennifer / Oahu