In the Kitchen with Naz

2 years ago by

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Erik Melvin

On a rencontré Naz à l’occasion d’un petit-déjeuner de travail pour lequel elle avait assuré le service de traiteur. Intrigués par ses créations culinaires, son style et sa personnalité, on a eu très envie d’en savoir un peu plus sur sa vie personnelle et professionnelle. Designer de formation, chef et traiteur par passion, mais aussi maman… Naz est une touche-à-tout. Elle a une approche de la vie à la fois méticuleuse et décontractée, qu’on retrouve dans ses créations (culinaires et design), et dans sa façon d’évoquer tout ça.

On a revu Naz chez elle, à Brooklyn, pour mieux comprendre sa façon de travailler en cuisine, et on en est arrivés à la conclusion qu’avec la nourriture, les enfants, les vêtements ou le design, le minimalisme est souvent le secret.

naz sahin garance dore photo

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Tu es une touche-à-tout, mais peux-tu d’abord nous parler de ton travail de designer ? Quand as-tu démarré ?
Petite, je peignais beaucoup. Je séchais les cours, je passais du temps avec ma prof de dessin, à préparer les expositions de l’école. J’avais plein de magazines que je découpais et transformais en collages. J’ai toujours voulu faire des études d’art ou de design. J’ai fini par faire des études de graphisme à l’université Bilkent d’Ankara. Ensuite, je suis partie à Istanbul où j’ai travaillé pour un petit studio de design. Ensuite, j’ai déménagé à NY, ou j’ai suivi le cursus de design de la School of Visual Arts. Mon diplôme en poche, j’ai d’abord travaillé chez Number Seventeen, une entreprise dirigée par deux amis et excellents designers qui m’ont beaucoup appris.

Tu es originaire de Turquie, est-ce que partir pour NY était crucial pour ton boulot ou est-ce que tout ça s’est fait de manière assez naturelle ?
Après ma licence, j’ai eu envie de passer du temps dans un pays différent, et de poursuivre mes études. A Istanbul, j’ai commencé à chercher des écoles à l’étranger, avec mon copain qui est aussi designer. On a tous les deux postulé à la SVA et été acceptés. On est arrivés ici sans trop savoir à quoi s’attendre. Le cursus nous a plu, on a commencé à bosser, on s’est mariés, et on est restés ici.

As-tu une philosophie particulière en matière de design ?
Faire quelque chose de simple, de beau, de nouveau sans être tendance. Raconter une histoire.

L’aspect le plus difficile de ton métier de designer jusqu’à présent ?
Je suis quelqu’un de très méthodique, parfois j’ai du mal à m’affranchir de cette rigueur pour créer de manière spontanée. Et puis je suis mariée au meilleur designer que je connaisse.

En plus du design, tu es aussi chef. Comment en es-tu arrivée là ?
Il y a eu une phase où j’avais à peine le temps de manger et de faire la cuisine. Ensuite, je me suis rendu compte que manger et cuisiner étaient deux des choses qui me plaisaient le plus. Je passais tout mon temps libre à feuilleter des livres de cuisine, à découvrir des épiceries, à préparer des dîners pour des amis. J’ai donc fait une pause dans mon job, suivi une formation à l’International Culinary Center de SoHo pendant 6 mois, fait des stages dans des restaurants. Mais très sincèrement, je n’ai pas réussi à m’enthousiasmer pour ce mode de vie qui m’avait autant attirée à la base. Je me sentais trop âgée, trop distraite par les autres volets de ma vie. Donc à un moment donné, je me suis remise à bosser comme designer en free-lance. Ma passion pour la nourriture, la cuisine, est restée intacte, et c’était très intéressant d’appliquer ce que j’avais appris dans les restaurants dans le cadre de ma petite cuisine. Ensuite, pendant une brève période, j’ai livré des sandwichs à Brooklyn, que j’emballais et étiquetais avec soin. Enfin dernièrement, j’ai commencé à proposer un service de traiteur le midi, essentiellement destiné à des entreprises du secteur créatif.

Le design et la cuisine partagent-ils des points communs qui ne sautent pas immédiatement aux yeux a priori ?
Aujourd’hui, sur les menus, on liste systématiquement tous les ingrédients des plats, notamment ceux qui sont un peu exotiques. Moi, ça ne me dérange pas tant que ça se justifie et qu’on sent effectivement le goût de chaque ingrédient et que le rendu est fabuleux. Certains chefs le font avec brio. J’espère que j’en suis capable aussi. Et le bon design, c’est aussi ça. Mais parfois, le résultat, c’est un brouet sur-assaisonné qui n’a plus qu’une seule saveur. C’est pareil pour le mauvais design, même quand il est réalisé à partir des meilleurs ingrédients. Je crois que dans un cas comme dans l’autre, il faut savoir s’arrêter.

Le monde de la gastronomie est en train de changer, les restaurants qui comptent vraiment aujourd’hui (tout du moins dans des villes comme New York) sélectionnent avec soin chaque ingrédient utilisé, et les présentent de manière très sincère. On raconte une histoire, c’est moins le show. Et on trouve beaucoup de respect et de camaraderie dans leurs cuisines. Ce qui me fait dire que c’est vraiment le moment idéal pour brouiller les frontières entre grands chefs et grands designers, restaurants et studios de design. Ils sont en quête du même idéal, et plus proches que jamais.

naz sahin garance dore photo

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Le design comme la cuisine sont deux univers très créatifs, comment ce travail se traduit-il dans ton quotidien ?
Ma vie quotidienne est parfois un peu un joyeux bazar, je n’ai pas toujours le temps de cuisiner ou de vivre de manière aussi harmonieuse que j’aimerais. J’essaie de faire avec ce que j’ai dans mon frigo, en faisant en sorte que ce soit simple mais bon, je suis assez exigeante quand je fais mes courses. J’ai beaucoup de respect pour les produits artisanaux, les fournisseurs de qualité, de la même manière que je respecte les bons designers. J’espère que les enfants seront comme moi. Je leur parle souvent de la beauté d’une fraise, d’une chaussure, d’un tableau ou d’une voiture.

Ton travail influence-t-il aussi ton style personnel ?
J’aime les basiques, les tons neutres, les pièces qui font mouche, le maquillage minimaliste. J’aime les petits bijoux subtils, je me sens nue si je n’en porte pas. On pourrait dire que ma cuisine suit la même esthétique, mais mon travail en tant que designer peut parfois être plus audacieux ou coloré.

Tu as aussi des enfants. Comment arrives-tu à trouver le juste équilibre pour tout mener de front ?
Quand j’ai eu mon premier enfant, Aziz, j’ai arrêté de travailler. J’ai eu la chance de pouvoir passer tout mon temps avec lui pendant presque deux ans, j’étais complètement dingue de lui. Rétrospectivement quand je repense à ces journées, je me dis qu’elles étaient synonymes de paresse, de douceur et que c’était une période très gratifiante, même si sur le moment, je ne m’en suis pas forcément rendu compte. Quand Aziz est entré à la maternelle, j’ai eu plus de temps pour moi, mais il m’a fallu un peu de temps pour reprendre le travail. Pour ma fille, Ada, ça a été différent. Elle s’est adaptée très naturellement à notre vie déjà chaotique, et cette fois-ci, j’ai continué à travailler et je me suis fait aider. Maintenant que ce ne sont plus des bébés, je me dis qu’on a atteint un bon équilibre. J’essaie d’arrêter de bosser vers 17 h, d’aller les chercher à l’école, et parfois, on a même le temps d’aller se balader au parc avant de rentrer à la maison pour préparer le dîner. Certains soirs, les enfants se couchent un peu tard mais on assume.

Je suis la reine du multi-tâches, donc ça aide pas mal, mais parfois, j’ai besoin de me concentrer sur une seule chose à la fois. Il y a quand même des moments où je suis un peu dépassée, et où j’ai envie de jurer, de crier et de m’énerver, mais ces phases-là sont en général suivies d’un break, on peut s’asseoir avec les enfants et avoir une conversation au calme. Aziz dit un truc mignon, Ada s’entraîne à faire des bisous, et le calme revient en moi.

En gros, je dirais que ce n’est pas grave de péter un câble de temps à autre. La famille comprend.

Ton travail a-t-il changé quand tu es devenue mère, en termes de style ou de technique ?
J’ai trouvé de nouvelles sources d’inspiration. C’est très stimulant d’observer des enfants grandir, identifier des images, apprendre à maîtriser le langage. J’ai été heureuse de me retrouver plongée dans l’univers des livres pour enfants, j’ai mes ouvrages préférés, et j’adore les lire avec Aziz et Ada. Et je dois maintenant être capable d’offrir des réponses qui se tiennent à leurs questions existentielles, donc j’espère que ça m’aidera aussi à mieux raconter des histoires.

Ta source d’inspiration la plus importante en ce moment ?
Je suis en train de lire un livre de recettes écrit par Margaret Wood, la compagne/cuisinière de Georgia O’Keeffe, dans sa maison d’Abiquiu à la fin des années 70. Elles se sont rencontrées quand O’Keeffe avait 90 ans, elle avait un jardin bio débordant de variétés de légumes et fruits anciens, elle moulait elle-même sa farine, achetait des œufs et du miel à ses voisins. Elle ne mangeait jamais dehors, ses repas étaient légers et simples, toujours élégants. Elle faisait des beignets de fleurs d’acacia, mangeait de l’ail frais sur des tartines beurrées. Elle portait des robes blanches l’été, noires l’hiver, avec une broche à ses initiales « GOK », créée par Alexandre Calder. Elle disait à Atwood « On est responsable de son propre bonheur, si on ne s’invente pas son bonheur soi-même, on risque de passer à côté. »

naz sahin garance dore photo

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Tu es très occupée, le confort et l’aspect pratique jouent-ils un rôle important dans le choix de tes vêtements ?
J’aime les vêtements pratiques et simples, quoi que je fasse. Je ne suis pas super fan des superpositions : moins je porte de couches, mieux c’est. J’adore les robes l’été, mais je n’en porte jamais l’hiver. Je n’aime pas les bas de survêtement, mais j’aime beaucoup les pantalons en lin un peu larges, comme ceux de Black Crane que j’ai toujours portés, surtout avec des enfants en bas âge. Je n’ose pas trop les imprimés, mais j’aime les rayures horizontales. Je n’ai pas beaucoup de vêtements, je suis assez sélective.

D’autres aventures créatives dans lesquelles tu aurais envie de te lancer ?
J’aimerais davantage cuisiner de façon thématique. Et j’aimerais créer un livre de recettes.

Le plat que tu préfères cuisiner ?
Le riz pilaf à la turque. On fait d’abord tremper le riz avant de le poêler puis de le faire bouillir. Ça a l’air tout simple dit comme ça, mais il faut un moment pour maîtriser ce plat. Et ça ne se démode jamais.

Un plat que tu dois encore parfaire ?
Il y en a plein. Je ne suis pas très forte en desserts. Un soir, j’essayais de faire une panna cotta au yaourt et je n’y arrivais pas. Je m’y suis reprise trois fois, me suis couchée à 4 h du matin alors que le résultat était juste correct, et j’étais déçue. Pendant un moment, je n’ai pas pu manger de panna cotta.

Ton occupation préférée quand tu ne travailles pas ?
Faire des courses d’épicerie. Me poser dans l’herbe avec mes enfants. Ecouter de la bonne musique et discuter avec mon mari en voiture, pendant que les enfants dorment à l’arrière.

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Top Mexican vintage, Front General Store ; Jean, Madewell ;
Collier, Indien ; Bague, Turque ; Montre, Issey Miyake

Naz Sahin | Buomu | Feasting Never Stops

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