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In Her Words: Jessi Klein

2 years ago by

Photos Ed Mumford

Celles qui lisent le blog depuis un moment et qui ont l’impression de me connaître (et c’est vrai : vous me connaissez), quand vous me rencontrez, vous me dites souvent que vous avez envie de bavarder avec moi comme si à une vieille copine? Eh bien c’est exactement ce que j’ai ressenti avec Jessi Klein après avoir lu son livre.

Quand les forces du show-biz nous ont réunies autour d’un café, j’ai tout de suite su qu’elle deviendrait une amie-amie (oui, il y a les amis, et les amis-amis). Je l’ai tellement adorée que je ne lui ai même pas demandé son avis sur la question. J’ai tout de suite abordé les Grandes Questions Existentielles et après le café, j’ai commencé à lui raconter ma life par texto comme si c’était une amie de toujours (c’est ma spécialité : les conversations textos sur les grandes questions de la vie avec mes copines.)

Bref, tout ça pour dire que Jessi est authentiquement géniale (authenticité garantie par moi-même mais aussi plein de VIP du milieu, comme Amy Schumer (elles ont bossé ensemble sur la super série d’Amy, Inside Amy Schumer), tous ceux qui ont lu son bouquin vous le confirmeront.

D’ailleurs : il faut absolument que vous le lisiez. Il est drôle (profond, intelligent, authentique).

Je suis vraiment heureuse qu’elle ait écrit pour nous ce que vous vous apprêtez à lire, parce que c’est beau, inspirant, et… Lisez-le, c’est tout!

___________

Jessi Klein | Author

J’ai passé une grande partie du mois de juillet à voir des journalistes pour la sortie de mon livre. Une des questions qu’on me posait le plus souvent, c’était : « Si tu avais un conseil à donner à la jeune fille que tu étais, qu’est-ce que ce serait ? » C’est une bonne question, qui mérite une réponse pleine de sagesse et d’esprit, mais quoi que je réponde, j’avais l’impression d’être à côté de la plaque.

Entre 20 et 30 ans, j’avais toujours l’impression de traverser une tornade. Ce qui me maintenant à flot, c’était de me dire que ce flux, cette incertitude, aurait forcément une fin : mes 40 ans. Parce que c’est bien ça, non, l’objectif de la quarantaine ? C’est sympa parce que c’est un moment de la vie où toutes les tempêtes et les meshugas (comme le disaient mes grands-mères) sont pacifiés ?

Moi, à quarante ans, je me voyais (c’était un peu mon fantasme) toujours à New York, dans une espèce de loft bobo avec mon mari (mon petit-ami du lycée avec lequel je suis restée jusqu’à mes 26 ans) (bahahahaha j’étais tellement naïve) et peut-être, je dis bien peut-être, un bébé… enfin rien de moins sûr. Je me disais qu’à 40 ans, j’aurais grimpé les échelons d’une boîte de créatifs, le genre de truc de hipster avec des baies vitrées et des orchidées blanches. Après des années à être une fausse maigre, j’aurais enfin commencé à faire du Pilates quatre fois par semaine, j’aurais un cul, des abdos et des cuisses ultra-fermes. En gros, j’imaginais qu’à 40 ans, je serais posée et que je serais en terrain connu.
Donc… je me plantais complètement.

A l’heure qu’il est, je vais avoir 41 ans. Littéralement, le temps que vous ayez fini de me lire, j’aurai 41 ans. Et voilà comment ça s’est passé pour l’instant. (ça y est, j’ai 41 ans.)

L’année dernière, en janvier, (l’année de mes 40 ans) mon mari (pas du tout mon petit copain du lycée, on s’est rencontrés sur le tard) et moi, on venait d’acheter un appart. J’étais enceinte (ok, ça ce n’était pas franchement inscrit dans mon plan de vie à 20 ans) quand on a déménagé, et pendant des mois, des bâches en plastique nous ont servi de portes puisque qu’on faisait des travaux pour essayer de se sentir un peu à la maison. Je suis tombée dans la dépression, parce qu’avec le chamboulement hormonal de la grossesse, j’avais envie de me blottir dans mon nid, sauf que c’est difficile avec des ouvriers qui abattent les murs de la salle de bain à côté. Au final, je ne me sentais pas bien dans ce nouvel appart. Dans notre nouveau quartier, je ne me sentais pas du tout à ma place, j’avais l’impression d’être bizarre avec mon gros ventre. Il était vraiment énorme, genre il y avait des gens qui m’arrêtaient dans la rue pour me féliciter d’être enceinte de jumeaux (je n’attendais pas de jumeaux.)

En septembre, trois mois après avoir accouché d’un petit garçon (j’ai encore du mal à réaliser que j’ai un bébé !!!), on revendait l’appartement après avoir décidé de partir vivre à LA. (Attendez. Moi ? A Los Angeles ? Beurk. Non, je déteste LA, je suis new-yorkaise !) Je ne savais pas trop ce que je ferais comme boulot là-bas. (Mais j’ai 40 ans ! je ne peux pas ne pas savoir quel boulot je vais faire !) Il y avait encore plus d’inconnues, alors que la seule chose que je déteste plus que LA, ce sont les inconnues. Tout ça était censé être derrière moi !

Après un mois épuisant à pleurer, à jouer à pile ou face en se demandant si on n’était pas trop vieux pour ce genre de changement, on a déménagé.

Donc voilà, on est à LA. On loue une maison. Je bosse en free-lance, ce qui fait que pratiquement tous les matins je dois me rendre dans un endroit que je ne connais pas. A New York, je connaissais chaque carrefour, chaque intersection, chaque vitrine sur des kilomètres. Maintenant, quand je conduis (très mal) d’un point A vers un point B, je ne reconnais rien du tout. Un jour, en rentrant à la maison en voiture, Lemonade à plein tube, je me suis sentie super sexy, et je me suis demandé si les mecs qui s’arrêtaient au feu me mataient. Et puis je me suis souvenue qu’il y avait un siège bébé à l’arrière de la voiture, et surtout que je conduisais un break Prius. J’avais oublié : non seulement je suis une maman, mais je ressemble à une maman. Ah oui : je ne suis pas aussi fit que je l’imaginais à 20, mais en plus, mon corps post-bébé me paraît complètement étranger. Je fais 10 kilos de plus qu’il y a 18 mois. J’ai pris des hanches, mes seins (ah, mes seins) sont plus gros, et j’ai le ventre flasque. Et bien sûr, je n’ai pas le temps de m’en occuper, à cause de TOUT CA.

Bon, j’ai le même mari, mais on n’a pas encore complètement repris nos marques. On essaie encore de s’ajuster à l’arrivée de ce petit bébé dans nos vies. C’est pas facile.
A 41 ans, tout est nouveau.

Mais le plus bizarre, c’est… que je suis contente.

Tous ces changements extérieurs m’ont permis de sentir qu’à l’intérieur, au fond, je suis plus en phase avec moi-même qu’avant. Je me sens ancrée, dans mes convictions sur mon rapport au monde, je crois en l’importance de la gentillesse.

Le conseil que je donnerais à la jeune fille que j’étais : c’est vraiment du rapport à toi-même et à ceux que tu aimes que vient l’équilibre. Finalement, on ne cesse jamais de grandir. Et le changement ne s’arrête jamais.

Ah oui, et aussi : changement ne rime pas forcément avec tornade.

Le matin de Noël, deux jours après avoir emménagé dans notre nouvelle maison, j’ai laissé mon bébé à son papa et je suis partie me balader. Tout était nouveau autour de moi. Il faisait froid, on n’entendait pas un bruit, à l’exception du bruissement du vent dans les arbres. Je suis montée en haut d’une petite colline et une fois au sommet, j’ai aperçu des montagnes. Des montagnes violettes, vraiment ! La citadine qui sommeille en moi était un peu déstabilisée. « Euh, attends, les montagnes, j’aime ça ? Moi, je suis habituée au bruit et aux immeubles ! »

Mais oui, du calme. Les montagnes, tu adores ça.

Jessi Klein est auteur You’ll Grow Out of It

24 comments

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  • ce texte est parfait, tout simplement, et il me parle, mais alors tellement!! sûrement parce qu’à 35 ans, j’ai l’impression d’être sur le pas de la porte et je sais (oui, je SAIS ;) que ce que Jessi décrit si bien ici, c’est exactement ce qui m’attends dehors (oui bon, à quelques détails près hein!) c’est drôle comme finalement, on se ressemble tous un peu en fait…
    d’ailleurs en lisant j’ai tout de suite compris pourquoi vous étiez devenues amies-amies :) il y a tellement de phrases qui auraient pu être de toi Garance… vive le changement, les changements, l’évolution et surtout le fait de pouvoir changer d’avis et de se remettre en question!
    bisou!!

  • Just what I needed. Thank you. And I just met Jessi today through you, but I love her already.

  • Looks like this could be Garance’s future life … :). So obvious they became friends !

  • Oui c’est ça! :)
    Je me reconnais dans ce texte…J’ai lâché mon job, monté une entreprise, fait un bébé 2 ans après, changé tout au sein de mon business et un an et demi après c’est toujours le bazar! Avoir un enfant, c’est une très grande révolution

  • Ca y est, j’ai envie de le lire ce livre!!!
    Merci pour la découverte!
    Du changement, il y en aura toujours. Et heureusement, sinon on s’ennuierait drôlement!
    Xxx

    Julie, Petite and So What?

  • I picked up her book at Diesel Books, thinking it would be a fun summer read, but it was not just funny. It was hilarious heartfelt, smart and insightful. I have passed it along to other friends and they all say the same thing– damn that book was good and on so many levels! This piece she wrote for GD says it all– Reading it, I burst out laughing like a weirdo in my apartment, the old lady next door said- sounds like you’re having a good morning! LOLOLOLOL

  • AND she’s gorgeous! XO

  • C’est fou moi aussi j’ai l’impression de me lire, je suis entièrement en phase avec sa façon de voir les choses au même moment. Je vais avoir bientôt 40 ans, je suis en reconversion professionnelle, je n’ai pas d’enfants et je suis en train de penser à un changement de vie radical. Du coup j’ai très envie d’acheter ce livre. Je suis une citadine et en même temps j’ai envie de calme et de nature. Nous traversons les mêmes phases à un moment donné de notre vie, et la quarantaine en fait partie. Le changement c’est à la fois excitant mais cela fait aussi peur. Merci pour ce témoignage.

  • Très beau texte ! J’ai beau avoir 29 ans ça me parle complètement parce que j’ai l’impression qu’on a toujours une vision de ce qu’on sera à un certain âge.

    En ce moment je suis en pleine tempête : un an que je suis à Londres et où j’apprends sur moi-même personellement et professionellement. Et bah c’est pas facile ! Mais j’ai ces moments de joie qui me montrent que je suis sur la bonne voie.

    Bref un texte super inspirant et une bonne ce genre de post !

    Merci !

    Emmanuelle
    http://www.thecuriousportafoglio.net

  • I could be BFFs with her. I had my first kid at age 43. Everything is new.

  • Trop bien ! J’adore !

  • Je me reconnais dans ce texte ! J’avais presque 39 ans lorsque j’ai completement bouleverse ma vie : j’ai quitte un bon job, un appart super a Paris, amis et famille pour m’expatrier aux U.S. et epouser mon boyfriend americain et je ne l’ai (presque) jamais regrette ! J’ai eu, a l’epoque, l’impression d’agir sur un coup de tete alors que je n’ecoutais que mon « gut instinct. » J’etais prise dans un tel tourbillon, je n’ai pas eu le temps de questionner cette decision, ni d’en avoir peur !

  • Excellent! Attention cependant au petit effet kiss cool A l’approche des 50 ans.. Une nouvelle tornade… En tout cas c’est ce que je traverse.

  • I heard Jessi interviewed on Fresh Air (NPR) a couple of months ago, at the suggestion of a friend (who utterly flattered me by telling me Jessi reminded her of me) and fell in love with her (before I even saw her) and wished she lived near me and could be a friend friend. I had the same response when I first saw/heard Garance and found her blog. It makes sense that you hit it off!!! And she’s so beautiful, to boot, with great style. I love the virtual community of witty, strong, beautiful women (I will not use the word smart, because do you ever notice how we use that to describe women, but never men??) that I find here. So inspiring! Thank you again, Garance (and Jessi)!!

  • I really enjoyed reading this and had never heard of Jessi, One of your kindred spirits Garance, I think. I’d be happy for Jessi to be guest blogger every now and again.

  • Love how Jessi writes, it’s no wonder that with your views and personalities that you are both friends! Thanks for sharing this with us Garance xo

    http://www.sydney-styleblogger.blogspot.com.au

  • Quelle est jolie ! Et moi qui parle sans cesse de quadra sur mon blog, je vois qu’on peut tout faire, tout vivre, tout recommencer, être maman, changer de boulot, bref tellement de choses nous attendent dans cette décennie !

  • What a lovely, lovely article! A wonderful read xx

  • Voilà, c’est ça, à 20 ans on rêve sa vie, à partir de 40 on commence à vivre au présent, à ne plus avoir peur et à laisser tomber les chimères de la représentation sociale. Ce n’est pas important de devenir quelqu’un, c’est important de devenir soi-même ! :-)

  • Melissa Baldino 15 septembre 2016, 6:24 / Répondre

    Garance,
    This is the best post in a long time. I guess for us old people! I feel like all of us who are you age, have followed you since the start, perhaps feel like we know you because we are growing with you. I am 40, just gained 15 pounds from IVF and pregnant after two miscarriages, lost my yoga body, but so focused on what is important now, and not always clear about it! Loved this. Thank you, merci.
    xm

  • She is great, I’d like to read more from Jessi here!

  • Tellement vrai… Est-ce que quelqu’un sait s’il existe une version française du livre ? Je ne trouve pas sur internet..

  • I loves reading this :)

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