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The Strength of Poetry

4 weeks ago by

Il y a quelques années, je faisais partie d’un club. Nous l’appelions le Club de Poésie. Très créatif pour un groupe de poètes, je sais. Nous avions envisagé d’autres noms pour le club mais comme nous étions poètes et extrêmement investis dans les questions linguistiques, aucun d’entre nous ne pouvait accepter de manière satisfaisante un nom de club et nous avons donc abandonné. Un peu comme quand on attend trop longtemps pour donner un nom au chat pour prendre ensuite conscience qu’il s’appelle Chat. Nous nous retrouvions le dimanche dans l’un ou l’autre de nos jardins, cabanes ou nos terrasses en bois – comme nous avons l’habitude d’en avoir à LA – mais, le plus souvent, nous nous retrouvions chez notre intrépide fondatrice, la poétesse Jane McCarthy. Nous étions un groupe bigarré d’artistes, de musiciens, de designers et danseurs et oui, certains d’entre nous étaient écrivains.

On trouvait le vin et les plateaux de fromages attendus, bien sûr, mais surtout de la poésie à une époque où personne ne semblait vraiment s’intéresser à la poésie. Mon partenaire de l’époque trouvait ça mignon mais un peu étrange. Mes copines me présentaient à de nouvelles personnes en levant les yeux au ciel avec affection “Je te présente Allison. Elle est poétesse. Elle a un club de poésie.”, comme si c’était une mystérieuse blague qu’elles pouvaient partager à mes dépens. Je n’y prêtais pas attention. J’adorais nos dimanches passés dans l’extase de la langue et de l’émotion. A partager nos coeurs, nos fascinations et nos rythmes. Au fil des années, nous étions, au plus nombreux, quinze, et quatre au plus bas. Mais c’était avant la renaissance.

Vous avez peut-être été récemment tagué dans un post Instagram où il y avait un poète que quelqu’un trouvait pertinent pour votre situation actuelle. Vous vous êtes peut-être sentie obligée de commencer à écrire vos propres vers, votre Emily Dickinson intérieure devenant votre Emily Dickinson extérieure parce que, après tout, quel beau chignon bas avec une raie parfaite au centre et puis, qui n’aime pas les blouses victoriennes, et nous devrions peut-être toutes porter un ruban noué bas.

Subitement, la poésie est partout. L’enquête du National Endowment for the Arts montre que les jeunes adultes lisent deux fois plus de poésie, et les femmes et les minorités lisent davantage de poésie dans des proportions incroyables. Ces dernières années ont été violentes, pleines de poudre à canon, de déluge, de révolte politique, de femme, de courses et encore de feu. C’est une époque d’incertitude et de certitude en même temps, quelque chose doit changer. Si ce n’est maintenant, quand ?

Peut-être que nous cherchons tous un nouveau chemin, ou peut-être sommes-nous simplement à la recherche de la beauté qui existe encore dans ce monde fou, hilarant et perturbant. Des femmes comme la poétesse Jacqueline Suskin, qui tapait ses poèmes passionnés et intuitifs au marché, sur de vieilles machines à écrire, dans des charmantes robes, sous le nom Poem Store [le magasin de poèmes], bien avant que ça ne devienne cool, a fait du poème instantané sa carrière. Je suis allée à d’élégants cocktails dans lesquels elle travaillait, le dernier chez un ami artiste à Malibu, l’été dernier. Elle m’a demandé sur quel thème je voulais que mon poème porte et j’ai demandé sans hésitation un poème sur le feu. En un rien de temps et dans un grand fracas de touche, Jacqueline a écrit une chose qui brûlait avec ardeur, une ode à la création qui naît de la destruction. Je pense souvent à ce poème et à ses promesses génératrices puisque la maison de ce même ami à Malibu a été, comme tant d’autres cet automne, emportée par les flammes qui ont détruit Malibu. Jacqueline a publié trois livres et elle en prépare trois. Son appel à la nature, à la mère, à la terre de Californie, dans sa langue directe et puissante, faite pour être entendue, exige d’être ressentie.

Mannequin, muse, directrice de la création et, sans hésitation, poétesse, Kate Parfet écrit pour se guérir, écrit pour se purger. Dans son dernier livre, Mirror Domme, ses poèmes intenses, rares et élégants débordent de la vulnérabilité restreinte d’une femme qui a besoin de partager, au moment-même où elle construit un monde contrôlé.

Ces deux femmes parlent avec nous de leur monde de poésie, de ce qu’est la poésie, et de pourquoi la poésie nous intéresse subitement tous.

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Jacqueline Suskin, Autrice de The Edge of the Continent, The Collected, and Go Ahead and Like It

Comment la poésie est-elle entrée dans ta vie ? Quand as-tu compris que tu étais poétesse ?
J’écris de la poésie depuis que j’ai six ans. J’ai été attirée par les mots écrits avant même de pouvoir vraiment écrire des lettres. Je remplissais toujours plein de carnets avec mon propre langage cryptique et plus tard, j’ai commencé à tenir des journaux intimes de poésie. Ces journaux étaient plein de poèmes d’hommage. C’est avec ce travail que j’ai compris que j’étais une poétesse. Par exemple, j’étais obsédée par l’émission télé La Belle et la Bête avec Linda Hamilton et Ron Perlman. Dans l’émission, la Bête s’appelait Vincent et j’ai écrit un livre entier de poèmes sur notre amour. En cinquième, mon professeur d’anglais nous a demandé de chercher des exemples de formes et d’outils poétiques de base. J’ai demandé si je pouvais écrire le mien. Cela m’est toujours venu facilement et rapidement. J’ai obtenu un diplôme de poésie de la Florida State University, je ne pouvais pas m’imaginer étudier quoi que ce soit d’autre mais je ne savais pas du tout quel type de carrière je pourrais avoir en tant que poétesse. Je n’ai jamais réfléchi à cet aspect-là de mon écriture. Je savais simplement que ma raison d’être résidait dans l’art de la poésie, et j’ai donc suivi cette voie.

Peux-tu nous raconter comment tu as lancé le Poem Store ?
Je ne voulais pas me lancer dans la voie classique de la poésie universitaire, j’ai donc fini mon Bachelor et j’ai voyagé à travers les Amériques pendant environ quatre ans, je gagnais de l’argent en faisant du jardinage et en donnant des cours particuliers. La plupart des poètes font une thèse et partent enseigner à l’université mais ce monde ne m’intéressait pas. Pendant mes voyages, j’ai rencontré l’artiste Zach Houston à Oakland, en Californie. A l’époque, il écrivait de la poésie avec ses machines à écrire dans des marchés et dans les foires de rue, ils demandaient à ses clients de choisir un sujet et de payer la somme qu’ils voulaient en échange d’un poème. Nous sommes rapidement devenus amis et il m’a proposé de m’essayer au Poem Store. Cela me semblait une expérience d’écriture amusante – je ne pensais absolument pas que ça deviendrait ma carrière. Je venais juste d’acheter une machine à écrire aux puces de Rose Bowl la semaine précédente. J’ai fini par déménager à Arcata, Californie, et j’ai apporté le Poem Store au marché hebdomadaire sur la place. Au bout de quelques mois, je suis devenue la poétesse de la ville et après quelques années de ce travail, il est devenu clair qu’il fallait que je partage ce projet avec plus de gens. C’est là que j’ai décidé de déménager à Los Angeles. Le marché d’Hollywood m’a acceptée et cela fait maintenant presque dix ans que j’écris de la poésie sur demande. C’est une expérience extraordinaire et mon unique source de revenus.

Tu as laissé ta trace en tant que poétesse en faisant ce que tu appelles de la poésie spontanée. Peux-tu nous parler un peu de ta relation à la muse, et nous dire si ton processus d’écriture durant les événements de poésie ressemble ou non à celui que tu suis quand tu es seule avec la page ?
Mon travail au Poem Store ressemble avant tout à un échange thérapeutique. La manière dont je crée un lien avec chaque client, ou avec chaque invité lors d’un évènement, conduit au résultat du poème que j’écris pour eux. Depuis que je suis enfant, je suis capable de créer un lien profond avec tout le monde. Je suis empathe donc même si une personne me dit peu de choses d’elle-même, je peux ressentir ce qu’elle traverse. En les regardant dans les yeux, ou simplement en étudiant leur langage corporel, je peux comprendre leur expérience. Et puis, tous ceux qui viennent me voir veulent soit célébrer quelque chose dans leur vie, soit guérir quelque chose. Les poèmes de mon Poem Store sont également des outils de guérison, des vers positifs qui visent à rappeler l’aspect positif au lecteur, ou même simplement à montrer à la personne que je la vois, que je suis témoin de sa souffrance et qu’elle n’est pas seule. Le fait d’avoir mon public debout face à moi est un cadeau si précieux pour un auteur. La muse fait instantanément le cheminement entre nous puisque c’est ça le lien : c’est la muse, en vie qui s’exprime, qui cherche à partager et à être vue par l’autre. Quand je suis seule à écrire mes livres, le processus est très différent. J’ai beaucoup plus de temps pour élaborer des images, raconter une histoire, creuser une nouvelle langue et trouver la meilleure manière de montrer à mon lecteur ce que j’ai personnellement traversé. C’est un but différent, un résultat différent qui m’appartient d’abord à moi et ensuite à mon lecteur. Quand j’écris pour un client du Poem Store, le poème qui en résulte sur le moment est d’abord le nôtre, puis le leur, mais jamais le mien.

Quel est selon toi le rôle de la poésie aujourd’hui ? La NEA a fait part d’une augmentation de la lecture de poésie, tandis que la lecture de roman est en déclin. D’après toi, pourquoi cette forme a-t-elle pris tant d’importance dans le climat émotionnel actuel ?
La poésie va très vite au but et les capacités de concentration des gens ont bien évidemment changé. La poésie a besoin de moins de mots pour exister et c’est donc parfait pour les gens qui ne veulent pas se concentrer trop longtemps mais qui veulent réfléchir en profondeur. Face au climat politique et aux challenges auxquels nous sommes confrontés, il y a un besoin social d’un éveil profond et de beaucoup de travail. La poésie nous permet d’entrer plus vite au coeur du sujet et transforme plus vite. Je pense donc que c’est un mélange des capacités de concentration réduites et du besoin d’une expression radicale. C’est une période incroyable pour être poétesse et je suis impatiente de voir tous les puissants travaux qui vont naître de ce moment de l’histoire.

Quels poètes et quels poèmes t’ont le plus touchée ?
“Dans la salle d’attente” d’Elizabeth Bishop est le premier poème qui a changé ma vie. Je visitais la FSU, une des écoles de Floride qui m’offrait une bourse complète, et j’ai décidé d’assister à un cours de poésie ce jour-là, puisque je savais déjà que c’était ce que je voulais étudier. Le professeur a lu ce poème et je n’avais jamais rien entendu d’aussi incroyable. J’étais déjà amoureuse de la Beat Generation et de Walt Whitman mais ce poème a déclenché en moi une prise de conscience, avec cette vision qui semblait englober tout le temps dans son entier. J’ai choisi d’étudier à la FSU à cause de ce poème. Mary Oliver et Wendell Berry sont mes poètes préférés. J’adore tous les poèmes écrits par Mary Oliver. C’est la reine de l’accessibilité, quelque chose que je considère comme extrêmement important dans l’art de la poésie. J’adore des travaux de poésie ésotérique, étranges et universitaires, des vers bizarrement spirituels mais le travail le plus accessible, celui qui peut exprimer la magie de l’univers dans une langue sublime que même ma mère peut comprendre, voilà ce qui m’inspire vraiment. Mary Oliver y arrive sans faillir et Wendell Berry la suit de près. Ils sont tous les deux naturalistes d’une certaine manière, ils parlent de la terre et c’est mon sujet préféré. Je suis une adoratrice extatique de la terre.

Tu écris de la poésie depuis très longtemps et tu es, singulièrement, poétesse. En quoi est-ce que ton processus d’écriture ou ta voix ont changé avec le temps, et d’un livre à l’autre ?
Ma voix poétique est un outil donc plus je l’utilise, plus elle est affûtée. Cela veut dire que je suis une meilleure poétesse à chaque nouveau livre que j’écris. Le Poem Store a bien sûr influencé mon style d’écriture et il faut que je fasse ressurgir la riche voix de mon monde personnel hors de ce travail dès que je m’assois à mon bureau. J’aime ce challenge parce qu’il m’entraîne en même temps. J’ai de la chance parce que j’adore encore mon premier livre The Collected, qui est sorti en 2009. C’est un recueil de photographies que j’ai trouvées et de poèmes narratifs qui les accompagnent et, dès que je l’ouvre, je suis si heureuse de ne pas le détester ! Mon processus d’écriture est beaucoup plus intense maintenant que c’est ma carrière mais j’ai de toute façon toujours écrit parce que j’en ai besoin – je ne peux vraiment pas bien vivre sans mots. Mais aujourd’hui, je ne me contente pas d’écrire chaque matin mon journal, ou de noter les idées qui me viennent dans la journée, je m’assois aussi pour écrire pendant des heures, je passe des heures à retravailler mon texte pour être au meilleur de mon art. Actuellement, je travaille sur trois livres donc il faut bien que j’y travaille chaque jour ! J’ai aussi grandi dans ma manière d’utiliser mes poèmes comme outil thérapeutique. Au bout de 9 ans au Poem Store, où j’ai vu tous ces résultats phénoménaux, je considère que j’ai un rôle de guérison et je prends ça très au sérieux. Cela signifie que ma pratique s’étend au-delà de l’art de la poésie, vers l’art de la guérison ; deux muscles s’associent pour créer la voix et le travail que je présente maintenant au monde. C’est un honneur que de pratiquer cette chose si ancienne et tellement plus importante que moi. J’en suis reconnaissante et admirative chaque jour.

The Strength of Poetry

Kate Parfet, Autrice de Mirror Domme

Comment la poésie est-elle entrée dans ta vie ? Quand as-tu compris que tu étais poétesse ?
J’ai commencé par écrire des nouvelles, surtout des allégories avec des girafes et d’autres animaux étranges, en CE2. J’ai ensuite fait des études de creative writing à l’université et j’ai publié mon premier recueil de poèmes, Mirror Domme, l’année dernière.

A quoi ressemble ton processus d’écriture ? Attends-tu l’arrivée de la muse ou bien as-tu une routine disciplinée ?
Ça fluctue. Il y a des moments où c’est indispensable et d’autres où c’est difficile d’écrire quoi que ce soit. Je garde un carnet à côté de mon lit pour noter mes rêves, et je m’en sers comme point de départ pour mes sentiments authentiques et honnêtes. Je peux devenir un peu léthargique en hiver, quand le soleil se cache, donc j’essaie d’écrire le matin.

En plus d’être poétesse, tu es aussi directrice artistique et mannequin. Comment ces différentes disciplines se nourrissent-elles entre elles ? Penses-tu qu’il y ait une continuité dans ton esthétique ?
J’ai toujours été attirée par une esthétiquement délicatement sombre, dans tous les arts, le cinéma, la photographie, la littérature — reconnaître cette noirceur comme une part naturelle de l’exploration de soi au lieu de l’enfouir sous la surface. J’aime aussi utiliser l’espace en négatif dans les images et les poèmes. C’est un élément consistant.

Quels auteurs et quels livres lis-tu ? Y a-t-il un poème ou un poète qui te touche particulièrement ?
En ce moment, je lis le recueil de nouvelles de George Saunders, In Persuasion Nation. Je garde aussi quelques recueils de poésie sur ma commode — Hummingbird Numina de Gretchen Mattox, From One to The Next de Holly Prado, et Perfecta de Patty Seyburn. On trouve aussi Bataille et Bukowski parmi mes favoris mais ils sont dans mon grenier en attendant que j’achète une vraie bibliothèque.

Tes poèmes récents ont-ils changé depuis la publication de ton livre Mirror Domme ? As-tu gardé la même voix ou bien es-tu entrée dans un nouveau chapitre de découvertes ?
Même si j’ai beaucoup grandi l’année dernière, probablement plus qu’à n’importe quel autre moment, je continue encore d’explorer les thèmes du soi, de la vérité et du contrôle. La différence principale réside dans ma relation à moi-même. Mes travaux plus anciens se concentrent beaucoup sur la manière dont les autres me perçoivent et agissent envers moi. Etudier mon identité de l’intérieur me fait du bien.

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