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LADIES FIRST

3 weeks ago by

J’ai vu des femmes et des hommes signer leur propre nom avec celui de leur partenaire un nombre incalculable de fois. Cela va des RSVP aux cartes d’anniversaire en passant par les notes de remerciement et les livres d’or. Mon poste d’observation m’a permis de voir un schéma apparaître : dans les relations hétérosexuelles, les femmes placent très majoritairement leur nom en deuxième position quand elles signent de leur nom et de celui de leur conjoint. Les hommes placent quasi-systématiquement leur nom en première position.

Et si vous êtes en train de froncer les sourcils parce que vous en doutez, regardez les cartes de Noël envoyées par vos amis hétérosexuels l’année dernière. Vous y verrez “Joyeuses fêtes ! Baisers, Mari, Femme, Enfant, Deuxième enfant quand il y en a, Chien, Chat, Hamster.” Et même le chien censément plus viril est placé avant le chat. Et je n’ai aucune idée du genre auquel s’identifient les hamsters en ce moment, ni même s’il y en a un.

Ce phénomène me stupéfie parce que la majorité de ces cartes de fin d’année (comme les autres formes de communication écrite) sont majoritairement préparées par la maîtresse de maison. Non ? Vous ne croyez pas ? Est-ce que vous vous représentez un homme quand vous lisez les tâches suivantes…

1/ Sélectionner et coordonner les couleurs pour le thème des cartes de fin d’année.

2/ Appeler et négocier avec un photographe (il faut le faire en septembre parce qu’à partir d’octobre ils n’ont plus de créneaux disponibles).

3/ Trouver un samedi matin où toute la famille est disponible et la conduire vers la plage / les montagnes / un quelconque lieu à environ 20-30 minutes de la maison qui est à la fois beau et simple et qui a été préalablement choisi par elle et le photographe.

4/ Repasser les bons vêtements selon le thème de couleur choisi, y compris le bandana du chien déniché sur Etsy.

5/ Préparer un texte avec une blague à la fois politiquement correcte et grand public pour que tout le monde sache que c’est “la” famille drôle.

6/ Ecrire les adresses sur chaque enveloppe avec la belle calligraphie apprise dans un cours quatre ans plus tôt, avant d’avoir des enfants et de se rendre compte que les loisirs n’ont plus de place dans leur vie.

7/ Et enfin… signer les cartes.

Et après tout ça, pourquoi est-ce que, bon sang de bon dieu et de toutes les saintes femmes, est-ce que les femmes mettent toujours leur nom selon cet ordre rétrograde ?

Sans même parler du fait que – désolée de détruire certaines illusions – on envoie principalement ces cartes à d’autres femmes ? Quand Tyler et moi recevons des cartes de fin d’année, je ne suis même pas sûre qu’il ait distingué les visages (et certainement pas le thème) avant de dire “mignon” et de retourner aux occupations dont je l’ai détourné pour lui placer cette mignonne carte sous les yeux en espérant une réaction.

C’est évidemment moi qui accroche cette carte sur le frigo et m’assure qu’elle reste droite et à peu près propre pendant les 12 mois suivants (je respecte la charge mentale mise dans la fabrication et l’envoi de cette carte !) jusqu’à ce que nous recevions une nouvelle carte de fin d’année de la même famille et que toute la dynamique recommence.

Est-ce que ce schéma de nom est tellement ancré en nous que nous ne nous rendons même pas compte du message subliminal que nous envoyons quand nous mettons le nom du partenaire masculin en premier dans la plupart des formes de communication ? Est-ce que le fantôme d’Emily Post revient nous hanter ?

* Cherche et lit le « >site officiel d’Emily Post (oui, ça existe) pendant environ 20 minutes. Se laisse distraire par une publicité bien placée qui l’attire chez Barney où elle traîne pendant 2 minutes avant de se reprendre et de se demander comment est-ce que je suis arrivée là ?! Mais revenons-en à Emily Post…

Même si je n’ai rien trouvé qui indique explicitement le bon ordre de signature d’une correspondance d’un homme et d’une femme, Emily Post souligne que, pour les correspondances sociales, on s’adresse d’abord à la femme avant l’homme parce qu’elle a plus de capital social.

Hummm. Ça semble génial au début – avoir plus de capital social – mais je crois que cela renvoie à une époque où le capital social était le seul capital des femmes. Et cela persiste encore aujourd’hui, sous une forme ou une autre. Je pense qu’il y a une raison pour laquelle les femmes parlent de, dissèquent et jugent les relations des autres femmes. Alors que les hommes parlent de, dissèquent et jugent les professions des autres hommes. Le premier capital d’un homme dans le monde moderne est encore financier. Alors que le premier capital d’une femme dans le monde moderne, c’est encore ses relations sociétales et romantiques. Et c’est pour ça qu’un célibataire n’a pas les mêmes connotations négatives qu’une vieille fille.

Au passage, quel est l’équivalent d’une garçonnière ? Je me suis toujours demandé. Une antre de fille ? J’aimerais avoir une antre. Ou bien une tanière de femme ? Je serais super forte pour me balader dans ma tanière de femme en kimono de soie avec un masque en tissu, un peu comme American Psycho, pour le look comme pour les sensations. Et j’adorerais.

Une de mes connaissances féminines a récemment dit, alors que nous nous tenions à l’écart, au milieu d’un groupe varié d’amis et que nous faisions des observations bien senties sur les conversations qui nous entouraient, “Regarde, les hommes peuvent toujours parler de sport et de leurs jobs. C’est un point commun sur lequel ils peuvent toujours rebondir. Quel point commun ont les femmes ? Les hommes.”

D’accord. Oui, je veux que le nom d’une femme vienne en premier dans les signatures de cartes de fin d’année, mais quand on donne le premier rang à la femme en raison de son capital social, la raison pour laquelle on lui donne la première place m’ennuie.

Voilà le fond du problème – je veux que notre charge mentale soit reconnue (d’abord reconnue puis ensuite partagée plus équitablement à la maison, mais bon, petit à petit). Je veux que le travail GRATUIT que nous faisons tous les jours soit reconnu. Si vous êtes une maîtresse de maison et que vous lisez ça, je parie que vous savez dire (à un ou deux rouleaux près) la quantité de papier toilette qu’il reste dans la maison. Sans même vraiment y réfléchir parce que vous la surveillez tranquillement au quotidien. C’est une charge mentale. Cela prend de la place dans votre cerveau, sans parler du moment où vous ajoutez le papier toilette à la liste des courses ou bien vous demandez à votre partenaire d’en acheter en rentrant ou encore vous l’achetez vous-même.

C’est l’heure des confessions. Je suis tombée tête la première dans le piège de la charge mentale quand Tyler et moi avons emménagé ensemble. C’était la première fois que je vivais avec un partenaire en étant adulte et nous n’avons à nous occuper que d’un chien et de 35m2. Au mieux, c’est minimaliste. Et pourtant, je me suis quand même retrouvée à être la secrétaire de la maison.

Au début, j’ai un peu aimé ce pouvoir. J’ai commencé à lui envoyer des invitations Google Calendar et la vie était organisée dans des petites cases colorées sur un calendrier commun et je me suis dit, est-ce que c’est ça la vie ? Est-ce que j’ai gagné ?

Je m’occupais aussi des courses, de racheter ce qui manquait comme la nourriture pour chien et simplement demander sur une appli sa participation financière. La vie rend nos vies tellement plus facile ! Je réservais les billets d’avion et je lui transférais les numéros de réservation. Je nous enregistrais tous les deux sur mon appli United Airlines et je faisais une capture d’écran de sa carte d’embarquement pour lui envoyer par texto. C’est tellement amusant de s’occuper de quelqu’un d’autre !! (secoue la tête devant son ignorance à l’époque).

Et puis un jour, nous étions avec des amis, une de ces journées où personne n’a de programme ou de choses à faire, donc on prend une bière ou deux et on parle beaucoup. Et Tyler fait remarquer qu’il se transforme doucement en “Oncle Tyler”. En d’autres termes, il a de moins en moins de choses à faire parce que je m’occupe de tout, y compris de lui dire où et quand venir.

Quoi.

NON.

OH NON CERTAINEMENT PAS.

EST-CE QU’IL A PROFITÉ DE MOI ?!

Il ne m’exploitait pas, il ne refusait pas de faire les choses à la maison, c’est juste que je le faisais avant même de lui laisser une chance de le faire. Et ensuite nous sommes tombés dans cette dynamique où je m’occupais de tout.

Et je signais de mon nom en deuxième. Toujours. Partout.

Sur les cartes de remerciements, les voeux de fin d’années, les cartes d’anniversaire. Je me souvenais de l’anniversaire d’un ami ou d’un membre de la famille, j’achetais une carte, je réfléchissais à une phrase spirituelle. J’écrivais la phrase spirituelle en question puis je marquais “Baisers, _______ et Veronica” . Et puis là, je mettais la carte devant Tyler et disais “signe ici”. Dans ce gros espace blanc au centre que je t’ai laissé.

Plus maintenant. Maintenant je continue à me souvenir de l’anniversaire d’un ami ou d’un membre de la famille, j’achète une carte, je réfléchis à une phrase spirituelle. J’écris la phrase spirituelle en question puis je marque “Baisers, Veronica et _______” . Et là, je tends la carte à Tyler et il se trouve une place dans la marge avec “voilà toute la place qu’elle m’a laissée pour écrire quelque chose. Tyler”.

Ce n’est pas parfait, je continue à porter la majorité de la charge mentale à la maison. Au passage : je viens de demander à Tyler, puisqu’il est assis à côté de moi, s’il a déjà entendu le terme de charge mentale et non, et je m’excuse à toutes les féministes parce que A/ je n’ai pas fait son éducation mais B/ je n’avais juste pas assez de force en moi pour lui expliquer le terme là tout de suite (haaa l’ironie du fait qu’expliquer la charge mentale requiert tant de charge mentale) mais je vais vite le faire.

Et tant mieux si je récupère TOUT le crédit en attendant, y compris le droit de signer mon nom en premier sur chaque correspondance, parce que c’est un pas dans la bonne direction.

17 comments

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  • GENIAL !

  • You’re spot on on all of this. Signing first seems like such a small thing, but…..Baby steps and then bigger ones.

    I unconsciously fell into this in my first marriage and it contributed to our divorce. It was shocking to Feminist Me how easy it was. I’m more aware of it in my second marriage, but if I want certain things to be done in certain ways, it is def still up to me. But he doesn’t ask me to be « second » in any way.

  • ALLLLLL OF THIS. In theory, we divide this in our house because we just pick up a box of cards: I deal with sending things to my side of the family, my partner deals with his. But guess whose side ends up not getting Holiday cards, despite my picking out a nice big box of beautiful locally-illustrated cards? And guess who ends up being asked about it at the Boxing Day party? (I’m not budging, though – I will redirect the Aunts to ask him yet again this year, if it happens again. It is always the Aunts asking.)
    Got the idea from, and I highly recommend, Tiffany Dufu’s brilliant book Drop the Ball for a very practical memoir/how to book focused on turning the dang ship around and equalizing emotional labour. She’s a genius. (non-spon, I just love that book.)

  • Veronica 3 novembre 2018, 10:39

    Ha! Lilly I love this Christmas Card divide! It would be the same story in my household. And I’ve heard of Tiffany’s book! I will put it on my list!

  • Lovely post.

  • This article made me laugh! As a little sister, I was always offended that my brother’s name was always in front of mine and therefore as soon as I had any input to any card writing I have always put my name first. This has hung over into my adult life and I always sign myself first – ESPECIALLY if I have written the silly card myself!

  • Veronica 3 novembre 2018, 10:41

    Love that you rectified those years of anguish :)

  • Lovely post, Veronica. Thoroughly enjoyed it. It’s nice to have another voice here that I love as much as Garance’s. Cheers to giving credit to all the emotional labor!

  • This was a good read, although in my parts where I live, issues like this hardly ever come up. For starters my hubby shares a lot of that emotional labor. On the other hand though his mother totally enjoys being in total control of everything! (And I mean everything!!) So, it seemed to me, until I read this post, that a lot of this depends on how you start off a relationship and the « rules » you end up building along the way.

  • Interesting post and I never really considered the emotional labor as you call it. I have to admit that if I sign something on me and my boyfriends behalf, I do put my name last. But also when I sign a card or email on behalf of a co-worker (and most of my colleagues are women). I was taught that when signing something it is the polite thing to do. I will check though, next time if my boyfriend signs a card on our behalf where he puts my name…

  • Rouletabille 30 octobre 2018, 3:46 / Répondre

    Que je suis heureuse d’être une française grincheuse et asociale plutôt qu’une américaine à qui la gentille société impose ce rituel épuisant des cartes de vœux ! Ici ma famille est heureuse tout va bien mais je ne me sens pas l’obligation de le prouver à tous une fois par an, ce qui est bien le but on le voit ici.

  • Aaaah I love this!!! Good for you! Honest and hilarious writing – I feel ya, sister, as one who does all the plane-ticket buying and the social wrangling and the inviting of friends to events – I feeeeel ya!!!

  • Good points here. A therapist told me once… »women hold the light into the dark corners ». We are wired that way. As in …why do we always make the therapy appointments..or know we need one.
    Damn, I do sign my name first and my partner is thankful..I remember. Particularly, white guys have been really comfortable for a long time….me too and times up are changing minds…will take a few generations!!

  • Si vous parlez français, faites lui lire la BD « La Charge Mentale » d’Emma (https://emmaclit.com/2017/05/09/repartition-des-taches-hommes-femmes/), c’est une excellente méthode pour expliquer simplement aux hommes ce que cela représente! Je l’ai lu à mon compagnon (il parle espagnol donc je lui ai traduit…) et il a adoré! A lire absolument!

  • *draws heart* comma Nat & Matt … Married 4 years, together for 7, I’m still unlearning how to take responsibility for the emotional labor, though. When I ask him to do something for the home, I kick myself every time I say « Can you help me … ? » because it implies it’s my responsibility to begin with.

  • Veronica 3 novembre 2018, 10:37

    Oh wow — I never thought of the « can you help me » but you’re right! The littlest of things can make such a huge difference.

  • I find this strange to suggest, but I know a lot of people who get a cleaning person every few months and find it helps their partner/roommate situation immensely. You still have to divvy up chores, but it saves a lot of hours of frustration, resentment, and crumbling relationships. Cheaper than therapy, I think. As an organized person, I often take things over. I try to note my partner’s strengths and ask him to do things that use them. He is good at things that I hate doing, so I try to think of that when I’m grumbling at his disorganization. Sometimes I ask that we put on a record and clean up for its duration, which makes it fun and less like an obligation.

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