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In Her Words: Pia Mechler

4 months ago by

Je ne présenterai pas cette beauté sculpturale, parce qu’elle se passe de présentation. Pia Mechler est une actrice, scénariste, réalisatrice mais surtout, une femme qui sait qui elle est, ce qu’elle veut et comment l’obtenir. Je la laisse vous raconter son parcours…

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J’aurais pu commenter l’actualité, mais je ne vous parlerai pas de harcèlement sexuel et de toutes ces choses abominables auxquelles les actrices et acteurs sont confrontés dans le cinéma. On en a beaucoup entendu parler ces derniers temps, et je pourrais évidemment vous faire part d’expériences que j’ai pu vivre. Cela étant, je préfère vous raconter l’histoire de mon émancipation en tant qu’actrice, artiste et femme. Je crois qu’une grande partie de la conversation autour de #timesup et #metoo est liée à des problèmes de fond qui ont tout à voir avec l’émancipation – le chemin vers la prise de conscience < < je n’ai pas besoin de ta permission » et toute la problématique de la redistribution du pouvoir qu’elle induit. Quand je vivais dans un monde fantasmé, avec mes billes.

Toute petite, j’avais vraiment le goût de la représentation. Ça m’aidait à mieux comprendre les choses, et ça me permettait de faire passer ma différence pour de la créativité. J’attirais naturellement l’attention des gens, alors tant qu’à faire, autant que ce soit pour les bonnes raisons.

J’ai grandi dans une petite ville d’Allemagne, et ce qui attirait l’attention des gens, c’était mes parents. Mon père était pilote de ligne pour Lufthansa, un boulot qui dans l’Allemagne du début des années 80 était entouré du même mystère que celui d’agent secret. Pour beaucoup de nos voisins de ce petit village rural, mon père s’apparentait à James Bond.

Ma mère était d’un exotisme différent. D’origine chilienne, elle a donné un côté latino sulfureux à notre campagne allemande. Elle fumait comme un pompier, arborait des ongles rouge vif, une quantité de bijoux en or, et une longue chevelure noire. Ma mère, c’était cette femme que tous les hommes fixaient, éperdus de désir, et que les autres femmes jalousaient.

Mes parents ont décidé de se faire construire une maison d’inspiration cubiste, avec un toit bleu, des fenêtres triangulaires et moi, je suis très vite devenue immense… Mon destin était scellé, j’avais signé pour une enfance ponctuée de harcèlements et de bizarreries.

Je me suis demandé comment je pourrais trouver ma place sans avoir à me battre. Après tout, j’étais la gamine qui, à l’âge de 4 ans, s’était enfoncée une bille qu’elle venait de trouver dans la narine par manque de place dans ses poches. A 4 ans, je voulais déjà tout, sans faire de compromis… et être insatiable tout en étant un peu décalée, ça peut vite mal tourner.

Je me suis aperçu qu’il n’y avait qu’une manière de survivre à ce chaos, à savoir en me créant ma propre histoire. Jouer et écrire m’a permis de reprendre la main.

Quand je n’ai plus été une fille, mais une femme.

A 19 ans, j’ai été acceptée dans une école internationale de cinéma au fin fond du Danemark, pour prendre des cours de théâtre. C’était un peu Poudlard pour le cinéma. Une fois diplômée, j’ai poursuivi sur la voie qui me semblait la plus naturelle, et j’ai obtenu mon premier rôle dans une série télé. J’étais ravie : j’avais 22 ans et je gagnais ma vie, j’adorais ce que je faisais, j’étais épanouie et je m’amusais. Je jouais le rôle de la femme d’un footballeur dans une série qui parlait des femmes de joueurs de foot. Et même si c’était sympa, que j’étais payée pour faire ce que j’aimais le plus au monde, je me demandais si j’avais vraiment envie de parler de ça : dans cette série, les femmes étaient profondément vénales et superficielles, de jolies petites créatures naïves qui ne s’intéressaient qu’aux grosses maisons, aux grosses voitures, aux produits de beauté et aux vêtements.

Je me suis dit que ce rôle correspondait parfaitement à l’image des femmes véhiculée par l’industrie du cinéma et de la télé. Moi, je voulais pouvoir m’attaquer à des personnages plus complexes et authentiques, je voulais qu’on me considère comme une actrice sérieuse, reconnue pour son talent et pas pour son physique.

L’appel de Londres.

Donc à 24 ans, je suis partie à Londres, et après avoir fait mon auto-promo pendant une semaine, j’ai obtenu un petit rôle dans un film britannique, et quelques mois plus tard, le premier rôle dans un filmé indépendant. C’était un personnage assez compliqué, légèrement schizo, vaguement hanté… je jouais encore une ex-mannequin, mais siphonnée. Après ce film, j’ai rencontré des directrices de casting allemandes. Quand je leur racontais ce rôle, elles me regardaient l’air affolé : “Tu as joué le rôle d’une schizo ? Mais tu es blonde !?”

Je me suis vite rendu compte que même si je me donnais du mal, on ne ferait jamais appel à moi pour les rôles que je voulais jouer. De toute façon, il y en avait trop peu, et le sexisme qui était en cause faisait encore partie intégrante de la culture. C’est là que je me suis souvenu de la seule solution possible : raconte l’histoire toi-même.

Quand on m’a dit que les femmes ne pouvaient pas être médecins.

En me créant un personnage sur-mesure, j’espérais pouvoir enfin incarner une vraie femme à l’écran. Au bout de mon troisième scénario, les gens ont commencé à manifester de l’intérêt. J’avais écrit une comédie autour de personnages de femmes et l’Allemagne avait envie de copier le succès de “Mes Meilleures amies”. Une grosse boîte de production s’est engagée à produire mon film mais voulait que j’apporte quelques changements au scénario. Pas de problème. J’avais envie de faire plaisir aux gens, parce qu’une fois encore, je voulais faire partie du sérail. J’étais assise dans une énorme salle de conférence, avec mon petit calepin, prête à noter les coupes : < < On adore l’histoire. Mais certains personnages sont un peu décalés. Comme cette femme médecin… vous ne pourriez pas en faire une infirmière, plutôt ? Ça semble plus crédible, vous ne trouvez pas ? » Non, je ne trouvais pas, et le film ne s’est jamais fait. Quand j’ai eu envie de réaliser.

En 2013, j’habitais à NY, j’essayais de relater mon expérience de jeune trentenaire vivant aux US, fraîchement mariée à un cadre de la télé. Mais au lieu de vendre mon projet et d’être prête à faire des compromis, cette fois-ci, je voulais simplement « faire mon truc »… peut-être via une série web, sous forme de projet annexe, avec des amis, pour m’amuser, mais sans compromis. C’était ma première tentative de réalisation. On a commencé à produire sans un sou en poche, et réaliser la série moi-même était avant tout une façon de faire des économies. C’était un petit projet sans prétention, mais j’ai adoré l’expérience de la réalisation et mon indépendance.

Quand on m’a dit que je ne pourrais pas.

L’année suivante, je suis partie au Festival du film de Berlin pour voir des gens, faire un peu d’auto-promo. A une fête, je suis tombée sur un réalisateur avec qui j’avais déjà travaillé. Il s’apprêtait à réaliser un énorme film et affichait l’assurance de celui qui sait qu’il est considéré comme le prochain petit génie. J’étais heureuse pour lui malgré son arrogance, et contente de pouvoir échanger avec lui sur nos trajectoires. A un moment, un producteur qu’on connaissait tous les deux s’est joint à nous et s’est exclamé en me désignant : « Tu savais que Pia était aussi scénariste et qu’elle avait envie de passer derrière la caméra ? ” Mon ami réalisateur, dont j’admirais le talent et avec qui j’avais tant aimé travailler s’est tourné vers moi et m’a dit : “Tu vois, Pia, c’est là que les actrices se trompent. Quand elles pensent qu’elles peuvent aussi écrire et réaliser … !” Ça m’a soufflée. Je crois que je l’ai regardé, la bouche grande ouverte, sans rien dire. Le lendemain, en quittant Berlin, j’étais furieuse et déçue, mais aussi animée d’une nouvelle flamme. Je savais qu’il fallait que je saute le pas. Que je réalise mon premier film. J’étais sûre de moi. Pour ce qui est du « comment », on verrait plus tard.

Quand j’ai décidé que tout reposait entre mes mains.

Peu de temps après, à NY, j’ai retrouvé mon amie Kim. Autour d’un verre de vin, on a évoqué nos frustrations, nos rêves et nos désirs, et puis Kim m’a dit : “Je le fais, je vais produire ton film. ”
Tout s’est mis en place à partir du moment où on a décidé qu’on n’avait besoin de personne pour valider notre projet. Il nous suffisait de décider avec qui on voulait travailler et comment. Faire « Everything is Wonderful » n’a pas été de tout repos, je pourrais écrire un livre entier sur cette expérience. Ça n’a pas été facile, on s’est heurté à pas mal de réticences, on a fait des erreurs. Mais j’ai senti cette bouffée d’assurance et de bonheur m’inonder en me disant : je suis en train de réaliser un long métrage !

J’étais entourée de plein de gens géniaux qui partageaient ma vision. Ce n’est pas mon film, c’est le nôtre. On vient juste de signer le contrat de distribution. “Everything is Wonderful” sortira cet été, et le film a déjà été projeté en avant-première dans des festivals américain et européen.

Si c’était à refaire, je ne changerais rien.

Toute ma vie, je me suis battue pour une forme de reconnaissance, le désir de rentrer dans le rang, d’être acceptée, sans vraiment me rendre compte que c’est quelque chose que je pourrais trouver en moi. Je n’ai pas besoin de rentrer dans un moule. Je peux créer le moule qui me correspond, et la seule façon de garder cette liberté de créer, c’est de rester fidèle à moi-même. Si vous attendez que quelqu’un vienne vous dire : “C’est bien, vas-y, lance-toi”, vous risquez d’attendre longtemps. Allez-y, lancez-vous ! Le reste suivra. Je continue à jouer et à passer des castings, mais à mes conditions, en sachant ce dont je suis capable. J’écris, je réalise et je raconte les histoires qui me tiennent à cœur, avec des personnages féminins authentiques, qui méritent d’être entendus. Pour tout cela, je n’ai besoin de la permission de personne, à part la mienne.

PS : Pour la bille dans ma narine, j’ai fini chez le docteur, qui, découragé, a failli baisser les bras. C’est là que l’infirmière a suggéré que je me mouche très fort. Ce que j’ai fait. Et la bille, je l’ai encore.

17 comments

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  • I adored reading Pia’s story! I applaud her strong will and perseverance. I look forward to seeing “Everything Is Wonderful” this summer.

  • Anonymous2 30 mars 2018, 6:13 / Répondre

    Go Pia!

    The symbolism if the nose-marble is too much! An authority says, “impossible.” And you had the force of will within you all along.

    Also, imagine just giving up and living with a marble in your nose!

  • Rachel Joy 31 mars 2018, 3:52 / Répondre

    I loved this story! So inspiring x

  • DaveysHouse 31 mars 2018, 10:00 / Répondre

    So proud of you, Pia!! So many fools busy discouraging others. Such a lack of generosity. Thank you for ignoring them. Can’t wait!

  • I’m copying this and putting it on my bulletin board at work to look at every day….What a brilliant, wonderful woman.

  • I’m so glad to read this , I was (am) a peculiar to some gay boy , who upon occasion was sent to school in a taxi because all the adults were drinking and gambling . I had the story of creating an escape . I love the way Pia says it here. Writing my own storyline , what great wisdom . In so many ways this is the essence of a life well lived , being able to write, create your own storyline, and being successful!
    Thank-you Pia , I loved your story !
    Jandrew
    Dress The Part
    http://www.jandrewspeaks.com

  • Carla Lopes 2 avril 2018, 7:17 / Répondre

    Best « In her Words » so far! And so true… If you want to do something or be something, don’t wait for other people’s approval – this « good girl act » will take right to nowhere. Don’t overthink, just start doing! Thank you so much Pia and Atelier Doré for the inspiration!

  • Thank you so much for sharing your inspiring journey with us Pia! Keep up your amazing work – and keep just doing it, the rest will come.

  • Sylvia Sanchez 2 avril 2018, 10:06 / Répondre

    Dear Pia,

    I love your story!!!! So inspiring, you make me believe again !!! Keep on writing and directing.

  • I love every word of this! It couldn’t have come at a more timely moment for me… thank you for sharing!
    And when I was four I had raisons stuck up my nose – again the nurse saved the day! How much do I love that! x

  • A very inspiring story of a brave woman taking life into her own hands. Truly a role model for women every where in any field. Thank you for sharing and thank you Atelier Dore for giving space to such stories. MORE PLEASE!!

  • What an inspirational story!! Thank you for sharing and thank you Atelier Dore for giving space to it for all of us to learn and get motivated from. Its such good inspiration for ambitious women every where. Does anyone know where we will be able to find “Everything is Wonderful”? Keep us in the loop!!!

  • You go girl!

  • Jorge Alexandre Teixeira 5 avril 2018, 2:42 / Répondre

    Well Done !!!

  • Dear Pia, I can’t believe how closely your life parallels mine in the fine arts. Thank you for being you and can’t wait to see your film!! Thank you Atelierdore!

  • I think, shoving a marble into the nose, because all the pockets were already full, is one of my favorite stories ever!!

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