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In Her Words: Heidi Merrick

2 weeks ago by

Ces derniers mois, la Californie a dû affronter un nombre incroyable d’incendies et départs de feu, dont le Thomas Wildfire, qui embrase actuellement les comtés de Ventura and Santa Barbara au nord de Los Angeles. Tout a commencé le 4 décembre, au-dessus de Santa Paula, et à l’heure où je vous écris le feu est maîtrisé à 92 %. Pour l’instant, 130 000 hectares ont brûlé, ce qui fait du Thomas Wildfire le plus important de l’histoire de la Californie moderne. Plus de 100 000 habitants ont dû évacuer leur maison et plus de 1 000 structures ont été détruites causant plus de 120 millions de dollars de destructions et dégâts. Au plus fort des incendies, 8 500 pompiers ont été mobilisés. Cette même région de la Californie du sud fait maintenant face à des glissements de terrain meurtriers. Heidi Merrick, une proche amie de Garance, fait partie de ceux qui ont été impactés par ces feux, voici son récit.

Je ne me souviens pas précisément quand les feux ont commencé. Je crois que le Thomas Fire a commencé il y a quatre semaines en Californie, mais je ne me souviens pas du moment où j’ai appris ce qui se passait. Je me rappelle avoir consulté cartes et plans de façon obsessionnelle, avoir fait des calculs et des projections pour savoir ce qui avait brûlé et ce qui allait brûler, cette crainte de voir ma parcelle brûler, et les incendies s’étendre à Carpinteria, Montecito et Santa Barbara. C’est comme ça que ça se passe sur des montagnes vierges de toute habitation, rien ne freine l’avancée du feu.

J’ai une très belle parcelle de terrain au nord de LA, avec un joli verger de pommiers. On va y passer le WE dans l’espoir de garder – nous et nos enfants – la tête sur les épaules par rapport à notre vie à LA. Ce terrain se trouve à mi-chemin entre ma ville natale de Carpinteria et la super chic et tendance ville d’Ojai. C’est une représentation assez fidèle de ma personnalité : une petite ville de bord de mer hippie juste branchée ce qu’il faut pour avoir à en rougir un peu (cf. tous les habitants de LA aux vies Instagrammables). Notre petit bout de nature est relié à Ventura par une chaîne de moyennes montagnes qui font face à la mer et sont presque intégralement à l’état sauvage, et notre vallée, à la base de Rincon Mountain, mène à la zone boisée protégée locale.

Là-bas, on dort dans une vaste tente montée sur une terrasse en bois, on se chauffe avec un poêle et on s’éclaire à la bougie. Imaginez Out of Africa avec des lits d’enfants en plus et les domestiques en moins. Le froid qui remonte de la vallée nous avait poussés à construire un abri en dur avec une vue imprenable. Et le soir du nouvel an, on devait y passer notre première nuit.

Alors que les feux progressaient dans Ventura, j’ai dit à tout le monde : “Si le feu atteint la plage, il remontera toute la côte jusqu’à notre terrain ». Et c’est exactement ce qui s’est produit, sauf que les pompiers ont réussi à contenir les feux au niveau de la Route 150, pour protéger les exploitations situées juste en face et dans l’espoir que les flammes ne se propageraient pas jusqu’à nous.

J’appelais ma mère et mon frère toutes les deux heures. J’étais en contact non-stop avec mes amis sur place, surtout mes anciens mecs du lycée (des relations purement platoniques, puisque mon frère mesurait 2 m). Pendant des jours, je n’ai pas pu aller sur place moi-même, car l’accès était interdit. Les gens étaient évacués, les routes fermées, même pour les riverains. Mon frère, qui habite à environ 5 km à vol d’oiseau de notre terrain, est resté chez lui malgré l’ordre d’évacuation.

Trois jours après les départs de feu, je suis allée à mon cours de yoga du matin, en oubliant d’éteindre mon téléphone. Je l’ai entendu sonner à cinq reprises, jusqu’à ce que je réalise que la relou qui n’avait pas éteint son téléphone, c’était moi. Mon père était à la parcelle. Tout Rincon Mountain se consumait, juste en face, et notre parcelle serait certainement la prochaine à être balayée. La veille, j’avais tenté de rassurer ma mère en lui disant : « Franchement, je n’ai rien de valeur sur la parcelle, à part ma nouvelle paire de bottes et un livre de Hemingway que j’ai oublié dans la tente… »

Au téléphone, mon père m’a dit qu’il était dans notre tente. Il ne trouvait pas mes bottes mais il avait mis la main sur le livre. Je me suis mise à sangloter, juste devant le studio de yoga. Pas parce que j’avais perdu tous ces objets anciens que j’avais mis des années à dénicher et que j’aurais d’ailleurs dû lui dire de prendre (mais franchement !), j’ai pleuré parce qu’ils avaient voulu m’aider, me soulager, et que mon père avait pris des risques pour moi.

C’est quelque chose qui m’a vraiment fait relativiser. Finalement, le feu n’a pas progressé depuis le front de mer, comme prévu. Il est arrivé, quelques jours plus tard, depuis les montagnes, décimant 25 hectares de terrain de manière arbitraire

In Her Words: Heidi Merrick

Il n’était pas question de perte ou de tragédie, c’était juste la nature à l’œuvre, le cycle de la vie. Cinq jours plus tard, quand avec mon mari, on est allés constater les dégâts et voir ce qui restait, on a dû se faufiler à travers les vergers voisins et contourner les cordons de police pour passer. Cinq pompiers marchaient parmi les pommiers, éteignant les braises encore fumantes. J’ai fait un selfie avec eux, parce qu’après tout, je suis toujours là.

Il y a eu un moment très fort : mon mari et moi, recouverts de cendres et de suie, et mon mari qui se retourne vers moi pour me dire : “Je suis tellement heureux de t’avoir à mes côtés pour traverser tout ça.”

J’ai ri. Et en toute franchise, ces dégâts, cette désolation, ça ne nous a pas changés. Je suis restée la même, lui aussi. Face à une menace pareille, on prend conscience qu’on a besoin de peu de choses. Les affaires, le matériel, ça ne compte plus. Alors qu’un mari qui te prend par la main, un frère qui finit par sortir de chez lui en voyant d’immenses flammes, ou un papa qui à travers quelques intentions maladroites, révèle qu’il m’aime encore comme sa petite fille… Toutes ces choses comptent vraiment.

_______________

Heidi a écrit ce récit il y a une semaine, alors qu’on pensait tous que le pire était passé. Malheureusement, les fortes pluies qui se sont abattues sur les pentes calcinées ont provoqué des glissements de terrains meurtriers dans les comtés de Ventura et Santa Barbara. L’horreur et la rapidité de tels phénomènes destructeurs est indescriptible. A ce jour, 17 personnes ont perdu la vie, de nombreuses autres manquent encore à l’appel ou attendent les secours. Il y a des moments dans la vie où les mots sont superflus, et c’est l’un de ces moments. Avec la permission de Heidi, on a décidé de publier cette histoire malgré tout parce qu’elle met l’accent sur les êtres chers et la fragilité de la vie. On vous demande juste de serrer ceux que vous aimez un peu plus fort ce soir.

Prenez soin de vous, L’Atelier

13 comments

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  • Positive vibes, and prayers to everyone there. To those fortunate to have second and third homes, and to those who with the fires and the mudslides have lost all they had. Stuff doesn’t matter but then it does. Please include links to places where people can donate to help those affected.
    Lovingly, A

  • Oops. I realized you did include the link. Going to it now. Thanks!

  • Jessica Alsberg 12 janvier 2018, 1:10 / Répondre

    I so appreciate that you chose to focus on this aspect of life – and not just lifestyle.

    It is heartening to see a place of style also be a be a place for Difficult Things, whether fertility, loss or tragedy.

  • Cadiz Delaporte 12 janvier 2018, 2:59 / Répondre

    My heart and soul go out to you and your family. More because of the way you have reflected to what is and isn’t important. May we all remember dailey that life is not about the lifestye or material, but how we are able to continue to live it when all the dressings are gone….

  • So beautifully said Heidi … standing with tears falling from my heart because everybody hurts .. sometimes you you don’t focus on what’s important in life … and this Tragedy has brought us all full circle … to embrace life and quit worrying about the small s..h…t in life … love your sweet ffmy ?????????

  • Sunny Side 13 janvier 2018, 3:39 / Répondre

    Le destin m’a épargné et je ne peux imaginer ni même sentir le vertige et l’angoisse de telles catastrophes naturelles. Deux mots me viennent: impermanence et solidarité pour vous tous, y compris ceux qui connaissent l’exil et la perte.

  • This moved me to tears. I hold Heidi, her family, and all those affected in my heart–now with more concrete understanding to help me. Thank you for sharing this piece.

  • Mariateresa 13 janvier 2018, 12:58 / Répondre

    But Heidi is save? It’s terrible all nature…

  • Jorge Alexandre Teixeira 15 janvier 2018, 4:52 / Répondre

    So Sad . This last summer, we faced the same tragedy in Portugal where so many Lives were taken by the fires and 6 months later…the pain is still fresh, you know?

  • Happy that your family is safe and sound! Nothing can step in the natures path.. unfortunately. Hope you can find a piece of happiness during this time! Best regards and wishes

    Rock Renee Blog

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