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Career / Mary Ellen

1 year ago by

Photos

Erik Melvin

Mary Ellen a un de ces boulots qui semblent presque trop beaux pour être vrais. Elle est photographe, mais pas n’importe quelle photographe, elle travaille pour le Saturday Night Live.

Le SNL, ça vous dit quelque chose, non ? Sans doute l’une des émissions télévisées humoristiques les plus mythiques aux Etats-Unis, et qui vient de fêter ses 40 ans ! Elle a contribué à lancer la carrière de certains des plus grands comédiens et humoristes : John Belushi, Chevy Chase, Bill Murray, Tina Fey, Eddie Murphy, Adam Sandler, Jimmy Fallon ou Will Ferrell… et plein d’autres encore ! Mary Ellen est une vraie gentille qui a les pieds sur terre, et passe son temps à côtoyer les plus grandes stars et musiciens de la planète. Garance l’a rencontrée lors d’une soirée SNL (oui, elle va parfois à ce genre d’événement… ne la croyez pas quand elle vous dit que sa vie n’a rien d’exceptionnel !) et m’a dit qu’il fallait absolument qu’on l’interviewe pour le blog. Donc voilà, je vous présente Mary Ellen Matthews!

_____________

Où avez-vous grandi ?
A Madison, dans le New Jersey, à environ une heure à l’ouest de NY. Mais j’allais souvent à New-York. Même au lycée, je venais tout le temps, on passait le week-end en ville, à s’imprégner de l’atmosphère.

Que faisaient vos parents ?
Ma mère était très habile de ses mains, elle donnait des cours d’art et d’activités manuelles dans notre garage. Mon père était photographe amateur en plus d’être un homme d’affaires.

Vous diriez qu’il vous a transmis sa passion pour la photographie ?
C’est sûr. On avait installé une chambre noire dans la cave, j’adorais y aller avec lui. Un de mes tout premiers souvenirs, c’est qu’on allait souvent au zoo du Bronx où on photographiait les animaux. Et mon père faisait un petit jeu : avec mes quatre frères et sœurs, on avait tous droit à un négatif, on les développait et on voyait qui avait le plus beau, et c’était le gagnant. Donc c’est venu très tôt.

Petite, que rêviez-vous de faire plus tard ?
Les shootings, la photo, à cause de mon père et de tous ses livres sur le sujet. Ça me semblait naturel, ça a fait partie de moi très tôt. Mais j’adore la musique, et j’ai toujours voulu bosser avec des musiciens, pour un label de disques. C’était vraiment ça, mon rêve, ou alors de travailler pour une station de radio.

Qu’est-ce que vous avez fait, comme études, et où ?
J’ai eu une bourse de gymnaste pour aller à East Stroudsburg University, en Pennsylvanie…Ils avaient un assez bon programme de technologie des médias. Je n’ai pas trop eu le choix de la fac, donc j’ai composé avec ce que l’université proposait, ce qui n’était pas si mal.

Vous êtes arrivée à NY juste après vos études ?
J’ai fait un stage chez MTV, et aussi pour l’émission de Howard Stern. Ce n’était pas encore le Howard Stern Show, c’était à l’époque où il était sur K-ROCK. Mais j’étais dans leurs bureaux. J’ai vraiment fait du forcing, tout de suite adopté une attitude hyper pro : je me suis fait un CV avec trois fois rien, puisque je sortais juste de la fac. J’ai passé des entretiens pour MTV, ensuite j’allais tous les jours à NY en train, habillée en working-girl avec des jupes et un blazer à épaulettes. On était en 1988-89, vous voyez un peu l’époque.

J’étais tellement contente quand j’ai trouvé ce stage. Donc j’ai travaillé chez MTV, à la production. Quand il y avait des passages de VJ, je travaillais au studio, avec le directeur de production et toute l’équipe. Et je faisais le stage en radio en même temps. Donc j’étais vraiment à fond. Je gagnais de l’argent, et tous les jours, je faisais des allers-retours entre Jersey et NY. C’est vraiment là que j’ai appris à me faire la main.

Quand avez-vous commencé à parfaire vos compétences, et à vous définir comme photographe à part entière ?
J’ai commencé par travailler pour le cinéma, je chargeais les magasins (la pellicule dans les caméras). Et j’en profitais pour faire pas mal de photos sur les tournages. Je faisais beaucoup de choses, et c’est à ce moment-là que j’ai trouvé du travail dans un label de disques, TBT Records, qui n’existe plus, un label indépendant. J’y travaillais comme publiciste/agent. En fait, je prenais surtout des photos de tous les groupes sans trop faire ce que j’étais censée faire ! Je photographiais les groupes, je les suivais là où ils allaient, et ça a continué comme ça. Grâce à des circonstances un peu exceptionnelles, j’ai eu l’opportunité de pouvoir travailler pour la photographe du Saturday Night Live à l’époque. Edie Baskin. J’ai commencé comme assistante, en faisant des trucs de base. C’était le début des années 90. Ma première émission, c’était avec Aerosmith. Le présentateur-invité, je ne me souviens plus qui c’était. [Ndlr : c’était Tom Hanks]

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Quand avez-vous déménagé à NY ?
Quand j’ai commencé à travailler pour le label de disques, quand j’ai eu un vrai boulot. Après mes stages, j’ai commencé à travailler pour le cinéma, et ensuite, j’ai trouvé ce vrai boulot.

Combien de temps êtes-vous restée avec le label de disques ?
Trois ans, je crois.

Et comment avez-vous rencontré Edie Baskin?
La fille avec laquelle je bossais, Jennifer Gross (qui est devenue agent à succès depuis, elle a sa propre boîte à LA) avait une amie, Leslie, qui est devenue une copine. Et elle travaillait pour Edie à l’époque.

Un jour, je ne sais plus exactement ce qui s’est passé, si j’ai été virée ou si je suis partie de moi-même, mais j’ai arrêté de bosser pour TBT ! Dernièrement, j’ai revu le type qui était à la tête de ce label et je lui ai dit : C’est toi qui m’avais virée ? Il ne se souvenait plus ! En tout cas, c’était un moment où je sentais qu’il fallait que je fasse autre chose. Donc je suis allée à la cabine téléphonique la plus proche, et j’ai interrogé mon répondeur à distance. A l’époque, c’était ce qu’on faisait. Et ce jour-là, à peine une heure après mon départ, Leslie, cette fameuse amie m’avait laissé un message disant : « Je quitte Edie, j’ai pensé à toi. Est-ce que ça te dirait de la rencontrer et de prendre ma place ? » C’était dingue, le concours de circonstances parfait. J’étais disponible et super motivée.

Je crois qu’au fond, je suis du genre à procrastiner. J’attends la dernière minute pour mettre un gros coup de collier, parce que je suis habituée à travailler comme ça

Que faisiez-vous, aux débuts de votre collaboration ?
J’étais son assistante. Et je travaillais sur l’émission. Elle avait son bureau, j’étais avec elle, je transmettais les demandes de photos, je planifiais les rendez-vous, je classais ses photos, je m’occupais du studio. Et en plus de ça, je travaillais aussi sur l’émission. J’allais à tous les shootings, j’assistais à l’émission avec elle. C’était une espèce de mentor. J’apprenais énormément de choses, tout le temps. Et je prenais aussi beaucoup de photos seule. Je lui montrais tout, je recherchais son approbation ou son avis. Je voulais qu’elle sache que j’avais envie d’être photographe, pas de faire du travail administratif. Elle m’a beaucoup soutenue et a été géniale.

Donc peu avant de quitter son poste là-bas, elle a commencé à nous faire prendre pas mal de photos, moi et un autre type qui travaillait pour elle, c’était génial ! Ensuite, j’ai commencé à prendre des photos pour l’émission. C’est à ce moment-là qu’elle est partie et m’a passé le relais.

Je n’ai pas attendu que ça se passe. J’allais voir les groupes, je leur proposer d’aller par exemple les shooter dans un Lavomatic, pour que ce soit plus marrant, ou de faire des portraits. C’était plus simple à l’époque, il y avait beaucoup plus de salles, de concerts. C’était beaucoup plus facile d’accéder aux groupes. Et Instagram n’existait pas, les gens n’étaient pas du tout exposés. Donc quand on voulait les prendre en photo, ils étaient ravis !

Quand avez-vous repris ce poste ?
En 2000, je suis devenue la photographe de l’émission. Ça fait maintenant 24 ans que je travaille pour SNL, 16 ans en tant que photographe.

Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs non-américains qui ne connaissent peut-être pas aussi bien SNL ce que représente cette émission dans la culture télé américaine ?
Elle existe depuis 1975, on a fêté nos 40 ans l’année dernière, et on prépare la 42ème saison. C’est une émission à sketchs comiques qui est présentée par quelqu’un de différent chaque semaine, quelqu’un qui a une actualité, que ce soit un film, une série télé, mais ça peut aussi être un sportif ou une personnalité politique. On les met en scène dans des sketches. Et il y a aussi un groupe qui joue deux morceaux.

Comment avez-vous développé votre style personnel dans l’émission ?
Ça s’est fait naturellement. Edie m’a transmis une certaine cool attitude, et une façon de cadrer avec l’esprit de l’émission. Avec la manière dont on veut représenter le présentateur-invité. Donc en fait, il ne s’agit pas de moi, mais d’eux, de l’émission. Moi, je fais juste mon travail.

Vous shootez essentiellement sur place ?
Oui, chez 30 Rock, sur le plateau. J’ai mon petit espace, le studio 8H.

Vous pouvez nous dire pourquoi l’émission a besoin d’un photographe et à quoi servent les différentes photos que vous faites ?
Moi, je shoote les Bumpers. On les place avant et après les coupures pub. Comme l’émission est diffusée en direct dans tout le pays, il faut qu’elle s’arrête et reprenne partout en même temps et qu’on ait le temps de se recaler. Donc parfois, on voit les photos pendant une minute, 50 secondes, tout dépend des publicités diffusées sur les différents segments du pays. C’était leur raison d’être à l’origine, mais maintenant, ça fait partie de l’ADN de l’émission, tant mieux pour moi ! On prend aussi des photos en cours d’émission, enfin en cours de répétition générale, parce que le jour de la diffusion, le studio préfère être complètement libre de ses mouvements. Et sinon, il y a toute une partie de travail sur l’image, avec de fausses pochettes de disques, des photos sur un bureau pour un sketch, ou n’importe quel panneau à l’écran.

Comment se passe en général la préparation d’un épisode pour vous ?
Le présentateur-invité arrive le lundi, et on fait une réunion avec les scénaristes et Lorne [Michaels]. Ensuite, je commence à réfléchir à la personnalité de cette personne et à la façon de l’aborder. En général, les shootings ont lieu le jeudi. Mais mon boulot, c’est aussi plein de choses en marge des shootings. Il y a beaucoup de travail sur les archives, des demandes d’autorisation à remplir. Donc ça remplit la semaine. Mais je commence aussi à penser à des idées, à rassembler des accessoires, une garde-robe. Si je peux parler au présentateur-invité ou aux artistes avant, c’est génial, mais sinon, on organise une petite réunion juste avant et on échange nos envies et nos idées pour savoir comment travailler ensemble.

Vous travaillez toujours avec la même équipe ?
Pour l’équipe photo, oui. Et il y a aussi un styliste, le responsable costumes chez SNL, Tom Broker, qui est génial. C’est lui qui fait la plupart des shootings. Parfois, les invités arrivent avec leur propre styliste, mais lui, il maîtrise absolument tout. Will Keith s’occupe de la lumière et on a aussi six stagiaires. Ils abattent énormément de travail. Et sinon, je travaille aussi depuis longtemps avec Dean Addison.

Le vendredi est consacré à Photoshop et aux retouches photo, etc. En gros, ça équivaut à sortir environ huit ou neuf affiches de films ou couvertures de magazines en deux jours. Pour les groupes comme pour le présentateur.

Ce rythme de travail effréné, on s’y habitue ?
On n’a pas le choix. Je crois qu’au fond, je suis du genre à procrastiner. J’attends la dernière minute pour mettre un gros coup de collier, parce que je suis habituée à travailler comme ça.

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A part les shootings, de quoi d’autre êtes-vous chargée ?
Je gère tout le département photo, parce qu’il y a pas mal de photo sur l’émission. Il y a la photographie de l’émission à proprement parler, qui consiste à shooter les répétitions en costumes de l’émission. Ce sont des photos qu’on transmet aux agences de presse et au service presse de NBC qui les tiennent à disposition. Il y en a sur le site. On fait pas mal de photos pour des besoins d’illustrations. Par exemple, disons si c’est Scarlett Johansson l’invitée et qu’il y a un sketch où elle fait partie d’un groupe de rock, il faut qu’on fasse une couverture d’album. Et ce genre de choses, on ne l’apprend en général que le vendredi soir, quand les scénaristes ont tout écrit. Donc ce genre de choses. Et il peut y en avoir beaucoup en fonction des émissions.

On fait aussi beaucoup de petits clips pour Internet, des pré-enregistrements. C’est rarement en studio, plutôt dans le Queens, à Brooklyn ou même ailleurs. Et ça, c’est fait le vendredi ou le jeudi soir, et c’est là que les stagiaires sont très précieux. C’est l’occasion pour eux de prendre des photos, on leur donne des appareils photo, on leur dit où aller, on leur dit ce qu’ils doivent faire, ce qu’on veut. C’est une super expérience pour eux.

La comédie, c’est… ça s’identifie au premier regard

Quelles qualités recherchez-vous chez un stagiaire ?
Un intérêt pour la photo et la production, évidemment. Une bonne maîtrise de Photoshop, de l’appareil photo. Avant, on ne les envoyait pas trop en shooting, mais maintenant, c’est très fréquent. Et aussi de l’autonomie. Savoir être indépendant, prendre des initiatives, faire les choses soi-même. Ce n’est pas toujours évident de chapeauter six personnes qu’on envoie un peu partout avec des appareils, donc il faut qu’ils apprennent vite. Et puis je cherche aussi des gens qui vont prendre ça au sérieux et seront constants. Parce que c’est une chance pour eux, ce travail.

On a dû se séparer de certains stagiaires qui étaient là pour les mauvaises raisons, ils passaient leur temps à Instagrammer des choses. Vous devez connaître ça aussi. Il faut prendre ça au sérieux, et être pro. Respecter la méthodologie de travail. Aujourd’hui, la mode est au DIY et tout le monde fait un peu à sa manière. C’est vraiment une maladie, je trouve. Je suis souvent choquée par le manque de respect des méthodes de travail. Ou c’est peut-être parfois un excès de confiance en soi.

Comment l’émission a-t-elle évolué ? Et votre rôle, avec l’avènement du numérique et des réseaux sociaux ?
L’émission ne change pas beaucoup, elle a ses codes, elle est ancrée dans une certaine tradition. Mais oui, il y a Instagram, Facebook, on essaie d’avoir quelqu’un en charge des réseaux sociaux, pour qu’il y ait une voix en particulier dessus.

Et le service web fait beaucoup appel à nous pour avoir du matériel. On essaie de prendre beaucoup de photos des coulisses de l’émission. On envoie souvent les stagiaires sur le terrain, pendant les répétitions. On a toute une petite armée d’appareils photo. Le service web me demande par exemple de faire un Bumper (une compilation), mais je n’ai pas toujours le temps, c’est dommage. Je vais essayer d’y consacrer un peu plus de temps cette année, pour qu’ils puissent l’avoir le samedi après-midi. Mais oui, le paysage a beaucoup changé.

Un des aspects principaux de votre poste, c’est de travailler avec des gens connus, des musiciens, des acteurs. Il doit y avoir des gens très agréables, et d’autres qui sont plus difficiles. Comment gérez-vous les relations avec les gens que vous shootez ? Vous aimez le contact avec eux, vous préférez garder vos distances ?
Ça dépend des gens. On a souvent tout de suite un petit aperçu de la personnalité, dès le début. En général, je garde un peu de recul parce qu’il y aussi la coiffeuse, la maquilleuse, le styliste… ils sont déjà là. Quand on est sur le plateau, alors là, je suis plus investie, bien sûr. Mais ça dépend.

On traverse tous la même chose au même moment, on est dans le même bateau. C’est génial. Et il y a tellement d’énergie créative. Et quand arrive le lundi, c’est une nouvelle opportunité de faire encore mieux, ou de faire différemment. C’est fabuleux.

Vous travaillez aussi comme photographe pour des magazines ou de la publicité. Comment arrivez-vous à trouver un équilibre entre ce type de travail et votre poste au SNL ?
Heureusement pour moi, il y a des semaines où on tourne et des semaines off, et l’été, il y a une grande pause. Donc ça me laisse beaucoup de temps pour faire d’autres choses. C’est agréable de pouvoir trouver de l’inspiration ailleurs, qui me sert ensuite sur l’émission. On rencontre d’autres personnes, on s’absorbe dans quelque chose de différent. C’est vraiment une chance.

Vous avez photographié des affiches de film, mais aussi des séries comme Grace and Frankie. Quand vous ne travaillez pas au SNL, vous faites plus de travail de ce type ou plus de shootings pour des magazines ?
Cet été, je fais beaucoup de magazines. J’ai quelques projets prévus. Ça va et ça vient. On s’est aussi très bien débrouillés sur les affiches de films et les campagnes, ce que j’adore faire. En gros, il s’agit de trouver l’idée qui permettra de capturer en une photo tout l’esprit d’une série. J’adore ça. J’ai vraiment eu beaucoup de chance de pouvoir travailler avec ces deux actrices (Jane Fonda et Lily Tomlin de Grace and Frankie). Je n’en menais pas large. Mais elles ont été charmantes.

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Où trouvez-vous votre inspiration ? Vous devez sans arrêt trouver de nouvelles idées. Comment faites-vous et que recherchez-vous ?
Je lis beaucoup de livres. Des livres de référence, et sinon, j’ouvre les yeux. La comédie, c’est… ça s’identifie au premier regard. Je garde en mémoire les trucs rigolos, je les enregistre, sur mon téléphone ou ailleurs…

Vous passez aussi beaucoup de temps à East Hampton. C’est un endroit qui vous inspire ? Comment vous sentez-vous, là-bas ?
Le contact avec la nature, c’est toujours une bonne source d’inspiration. Je vais souvent à Springs, East Hampton, une communauté très nature. Avec plein de gens créatifs, des peintres…Rien que le fait de côtoyer ce genre de personnes, ça inspire. Je peins, quand je vais là-bas, c’est l’endroit idéal.

Des photographes de référence ?
C’est très éclectique. J’adore Helmut Newton, mais il y a aussi Malick Sidibé ou Mary Ellen Mark.

Que signifie SNL pour vous après tout ce temps ?
Je suis comblée, reconnaissante, j’ai de la chance de faire partie de cette famille, la famille SNL. Début septembre, quand on reprend, j’ai l’impression de retourner à la fac. Comme si on était dans un grand dortoir… On passe de bureau en bureau, on parle à tout le monde « Tu as passé un bon été ? ». C’est un peu ce que je ressens. Et on est très soudés. Tout le monde fait ce qu’il a à faire pour l’émission, ça clashe rarement. On traverse tous la même chose au même moment, on est dans le même bateau. C’est génial. Et il y a tellement d’énergie créative. Et quand arrive le lundi, c’est une nouvelle opportunité de faire encore mieux, ou de faire différemment. C’est fabuleux.

Vous disiez qu’Edie avait un côté naturellement mentor ? Est-ce que c’est aussi votre cas maintenant ?
C’est l’émission, surtout. Elle continue à nous enseigner tellement de choses, semaine après semaine. Comment faire mieux ? Comment faire différemment ? Et Lorne est un super chef. Il a confiance en son équipe, il nous soutient mais nous laisse faire.

Comment avez-vous appris à vous adapter et à ne pas vous laisser déborder ?
Je trouve qu’en général quelque chose qui fonctionne doit fonctionner tout de suite. Je shoote de la même façon depuis longtemps : sur fond blanc, et ensuite, je rajoute de la couleur en post-prod. J’aimerais bien trouver une nouvelle façon de faire cette année. Ou quelque chose de différent. Mais on a vraiment des contraintes en terme de temps, c’est le problème. Qui sait ? On verra. L’été, c’est fait pour ça.

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Une journée-type pour vous ?
J’arrive et je prends un café. Il me faut à peu près une heure et demie, le temps que j’emmène mon chien au parc, etc. C’est un peu mon moment préféré de la journée, je me réveille, elle est là et je l’emmène se promener. Bref, donc j’arrive vers 11 h, midi. La journée démarre, j’essaie de trouver des idées. Les idées, c’est mon truc. Je ne suis pas douée pour les trucs administratifs, et je ne sais jamais où se trouvent mes clés… On discute avec les gens de l’émission, mon équipe. Ça, c’est un jour normal. Mais sinon, on s’organise, on rassemble les accessoires, on va chercher des fleurs, des poissons rouges… ça peut être tout et n’importe quoi.

Une journée-type quand vous n’êtes pas à l’émission ? Si vous avez un peu de temps devant vous ?
J’aime parcourir des sites, des livres, des blogs… me replonger dans des références pour les avoir bien en tête, en trouver de nouvelles. Instagram, c’est vraiment génial, non ? Il y a tellement de choses. Il y en a certains qui m’inspirent vraiment, et il y en a toujours plus. C’est sans fin, comme la Voie Lactée. Je fais pas mal de captures d’écran, je les classe dans différents dossiers. Sinon, des vieux films de la collection Criterion. J’aime bien parler avec les gens, échanger. J’ai des groupes d’amis rigolos à Springs, qui aiment les mêmes livres, font de la peinture. J’ouvre toujours grand mes yeux et mes oreilles. Ou je me sers des yeux et des oreilles des autres.

J’ai pu shooter Jim Carrey en train de héler un taxi avec un lama. J’ai trouvé un lama, et hélé un taxi avec Jim Carrey !

En plus d’avoir appris la photo auprès de votre père, vous avez suivi une formation plus formelle. Vous diriez que c’est ce qui compte le plus, ou est-ce qu’il vous arrive de travailler avec des photographes autodidactes ?
C’est toujours bien de connaître l’histoire de l’art. Parfois, j’aimerais pouvoir revenir en arrière pour en savoir plus. Et c’est ce que je recherche. Je cherche à m’instruire, que ce soit sur Internet ou dans les livres. Je ne sais pas si c’est bien, parce qu’après tout, la photo, c’est quelque chose de personnel, c’est une vision, non ? Mais techniquement, on a besoin de savoir comment faire les choses. Je crois qu’assister plusieurs photographes, c’est important. Et pas juste un. Apprendre les différentes techniques, comment travaillent les gens, comment ils sont, et comment ils gèrent leur affaire.

Vous avez été assistante en free-lance ?
Pas tant que ça… Je le regrette. J’ai juste rencontré un photographe à East Hampton qui faisait du grand format, je lui ai dit que j’avais envie d’apprendre. J’avais pris quelques cours à la fac, mais c’est tout. Je voulais avoir l’occasion de réapprendre tout ça. J’ai donc demandé si je pouvais l’accompagner. .. Je suis en apprentissage permanent. Et c’est ça qui compte. Je maîtrise mon sujet, mais il y a encore tellement de choses à savoir.

Vous êtes employée par le SNL, mais vous avez un agent pour vos projets personnels. Depuis quand ? C’est à votre initiative ou vous avez été approchée par quelqu’un ?
Jed Root m’a approchée peu de temps après que j’aie eu ce poste chez SNL. Il est venu à une émission, il a vu des photos, s’est renseigné sur moi, m’a appelée. On a discuté puis il a commencé à me représenter. C’est là que j’ai commencé à travailler pour des pubs, c’était génial. Et il a vraiment été super. On s’est séparés, il y a quatre ou cinq ans, vraiment à l’amiable. Son agence s’occupe plus de projets mode. Ensuite, j’ai rencontré mon agent actuel chez Copious, qui sont des gens absolument géniaux. Tout se passe super bien pour le moment et j’imagine que ça va durer.

En tant qu’artiste, le travail éditorial vous sert-il à faire des expériences, même si ce n’est pas très bien payé ?
Tout à fait. Je suis en attente de quelques petites choses. Avec des idées géniales. J’ai vraiment hâte, et c’est pour des magazines. C’est vraiment différent. On est en décors naturels, on a la liberté de raconter ce qu’on veut, sur plusieurs pages. Donc j’adore avoir la chance de pouvoir faire ça.

Chez SNL, je me suis amusée à sortir avec les invités, les artistes, en dehors de l’immeuble, c’était super sympa. C’est un peu un cauchemar pour la sécurité, mais c’est drôle. Quand c’est la bonne personne avec la bonne idée, c’est parfait. J’ai pu shooter Jim Carrey en train de héler un taxi avec un lama. J’ai trouvé un lama, et hélé un taxi avec Jim Carrey !

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Le meilleur conseil qu’on vous ait donné ?
Un jour, Edie m’a conseillé de « me bouger un peu ». Ça m’a bien calmée !

Le plus gros défi dans votre travail ou votre carrière ?
Les idées. Trouver de nouvelles idées, garder une certaine fraîcheur. Je fais la même chose depuis 16 ans, donc c’est vraiment le plus dur. Il faut que ce soit en phase avec l’émission, avec la culture de l’époque. Il faut prêter attention à tout ça.

Votre plus grand succès, votre plus grande joie professionnelle ?
De continuer à travailler pour l’émission.

Et votre avenir professionnel ?
Je n’ai pas envie de quitter l’émission pour l’instant. Je continue à apprendre des choses, j’explore de nouveaux terrains photographiques. J’aimerais avoir du temps pour les projets personnels, ce que je vais essayer de faire cet été. Jusqu’à présent, j’ai eu un peu de mal à trouver un bon équilibre, donc je vais essayer de ralentir un peu le rythme. C’est mon projet pour cet été. Prendre le temps de travailler sur des projets personnels.

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