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CAREER / LYDIA FENET

2 months ago by

Depuis mon interview de BJ Topol l’année dernière sur sa carrière de consultante artistique, j’ai une certaine fascination pour les femmes qui travaillent dans le monde de l’art. Elles ont une sophistication particulière que je trouve fascinante et, pour être honnête, impressionnante. Comme Lydia Fenet.

J’ai rencontré Lydia, la Directrice internationale des partenariats stratégiques chez Christie’s, et commissaire-priseuse, autrice, et puis aussi mère de trois enfants, il y a quelques semaines dans son appartement et elle était l’image même de la perfection. Et je ne veux pas dire qu’elle semblait incroyablement soignée – c’était le cas, mais qu’elle était chaleureuse et accueillante, le charme du sud dans toute sa splendeur. Et aussi incroyablement sincère et honnête.

C’est une femme qui sait clairement qui elle est et ce qu’elle veut, elle a les pieds sur terre tout en gardant une attitude de fonceuse. Ce mois-ci, nous parlons de la découverte de soi à l’Atelier et, comme vous allez très vite le voir, Lydia est une femme qui n’a de cesse de se re-découvrir et de se ré-inventer dans sa carrière pour rester motivée et heureuse.

Nous avons parlé de ses vingt ans de carrière chez Christie’s, de ses autres activités, comme s’occuper d’énormes ventes de charité, de son dernier projet, un livre intitulé The Most Powerful Woman in the Room is You (il sortira en avril aux Etats-Unis !) et de sa vie active. Je vous présente la toujours charmante Lydia.

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Où as-tu grandi ?
J’ai grandi dans une petite ville de Louisiane, Lake Charles. Je suis issue d’une fratrie de quatre enfants et ma mère est anglaise donc j’ai eu une éducation qui est un mélange hilarant entre le Sud et l’Angleterre. Nous allions presque tous les étés en Angleterre pour passer du temps avec nos cousins, nos tantes et nos oncles. Donc, même si j’ai grandi en Louisiane, j’ai eu la chance de voir le reste du monde à travers ma mère. Elle a grandi en Angleterre et son père était banquier en Afrique donc elle a voyagé toute sa vie et elle pense que c’est crucial.

Quel était le job de tes rêves dans ton enfance ?
J’ai toujours voulu avoir ma propre émission de voyages !

Je pensais que j’allais devenir la prochaine présentatrice de voyages et que j’emmènerais des gens à travers le monde pour leur faire découvrir d’autres endroits – un peu un mélange entre “la vie des gens riches et beaux” et le fait de voir le monde entier… J’ai l’impression que c’est ce que tout le monde fait en ce moment sur Instagram. J’étais en avance sur mon temps. (rires).

Tu es allée à Sewanee, l’université du Sud. Qu’as-tu étudié ?
Je me suis spécialisée en histoire de l’art et en histoire.

Quand as-tu commencé à t’intéresser à l’art ?
Pendant ma deuxième année à Sewanee, ils avaient un truc appelé “European Studies” où vous alliez avec Oxford – étudier avec un professeur à Oxford et voyager dans toute l’Europe de l’Ouest. Nous sommes allés en France, en Espagne, en Italie et en Suisse et nous avons visité tous les plus grands musées de ces villes avec ce professeur. C’est vraiment là que tout a commencé. J’avais déjà fini ma première année à ce moment-là. Je suis retournée à la fac et j’ai choisi une deuxième spécialisation. Pour ma dernière année, je n’ai fait quasiment que de l’histoire de l’art.

As-tu fait des stages pendant tes études ?
Oui. J’ai fait un stage auprès du sénateur Breaux… Mon père s’intéressait toujours beaucoup à la politique de la Louisiane. J’ai fait un stage pour Julian Brazier à la Chambre des Communes en Angleterre, puis j’ai fait un stage chez Christie’s et c’est là que tout a commencé (rires).

Es-tu venue à New York pour ce stage ?
Oui, j’ai fait un stage ici pendant l’été entre ma troisième et ma dernière année d’études. A la fin du stage, ils m’ont proposé un poste mais j’ai répondu qu’il fallait que je retourne à l’école ! Et c’est ce que j’ai fait.

Mais ensuite, je suis restée en contact avec eux toute l’année. A la fin de l’année, je suis allée voir s’il y avait des postes à pourvoir et ce n’était pas le cas, mais ils proposaient d’autres stages pour commencer – ils avaient ce programme de stage où vous pouvez postuler à une bourse qui, en gros, vous donnera de quoi vivre trois mois après la fac ! Je sais que ce genre de choses n’arrivent plus vraiment mais à l’époque, les stages n’étaient pas rémunérés donc c’était une expérience vraiment formidable. C’est difficile de dire à ses parents juste après son diplôme qu’on prend un stage non rémunéré.

Mes parents étaient très bons pour nous dire “Je t’élève, ensuite tu te débrouilles” et je pense que c’est une très bonne leçon de vie. J’ai une position privilégiée pour le dire, mes parents ont payé mes études. Mais pour moi, c’était la leçon la plus importante, un peu comme si on se disait : “Je veux une vie, comment faire pour que ça arrive….”

Je suis retournée chez Christie’s où j’ai commencé mon stage. A la fin de mon stage, j’avais une offre de poste et cela va bientôt faire 20 ans que j’y suis.

C’est dingue ! Peux-tu nous parler de ton expérience, toi qui y est restée si longtemps ? J’ai l’impression que la longévité au sein d’une compagnie est de plus en plus rare.
Quand j’ai commencé chez Christie’s, je ne pensais pas en termes de carrière, je me disais juste que c’était un job et que je bossais là. Mais en même temps, quand j’ai commencé, les gens restaient à leur poste plus longtemps. Mais après avoir passé 10 ans dans l’évènementiel, j’étais prête à changer…

J’ai l’impression d’être une millennial même si je n’en suis pas une parce que j’ai toujours eu cet état d’esprit, j’ai toujours adoré l’idée de faire des choses à côté !

Mais même à ce moment-là, je ne voulais pas quitter l’entreprise. J’aimais la culture d’entreprise, j’adore vraiment les gens avec qui je travaille – ils sont très intelligents, très érudits, ils continuent à s’instruire sans cesse. Quand on parle avec des gens chez Christie’s, ils sont toujours sur le point d’aller dans des musées ou dans des institutions culturelles pour en apprendre toujours plus. La quête constante de savoir chez mes collègues était quelque chose que je respectais et appréciais beaucoup mais j’en avais marre de mon poste. Donc je me suis lancée sur la voie de l’entrepreneuriat, je crois que ce mot n’existait même pas encore quand j’ai commencé à m’occuper de partenariats stratégiques (rires), ou en tout cas, je ne l’avais jamais entendu. J’ai beaucoup poussé l’entreprise à me laisser créer le département que je gère aujourd’hui, celui des partenariats stratégiques. C’est ce qui m’a permis de rester chez Christie’s. Je crois que s’ils m’avaient dit : “Non, ça ne nous intéresse pas d’essayer quelque chose de neuf donc merci pour vos 10 ans de service et au revoir.”, ça aurait été fini et je serais partie ailleurs.

C’est incroyable. Je suis convaincue qu’il est possible de développer de nouvelles carrières à partir de rien dans une entreprise, tant les choses évoluent.
C’est ce que je dis à mon équipe : une grande part de la réussite dans un poste – certes, il y a les choses qu’il faut faire tous les jours – tient à ce qui vous intéresse hors des murs de l’entreprise et la manière dont vous pouvez y développer un nouveau poste pour en apprendre davantage.

Je crois que c’est ce que font les entreprises. Et puis, en tant que millennial qui veut changer de postes plusieurs fois, il faut commencer très tôt à avoir ces conversations avec votre boss. C’est ce qui me motivera à rester ici, c’est ce que j’ai envie de faire, parce que le simple fait d’avoir cette conversation vous aide dans votre carrière.

Tu as mentionné être restée 10 ans dans l’évènementiel, as-tu occupé d’autres postes chez Christie’s avant de lancer les partenariats stratégiques ?
Pendant mes six premiers mois, je faisais du conseil client. Je pense qu’il est extrêmement important de reconnaître qu’il y a des choses pour lesquelles je suis bonne et d’autres pour lesquelles je ne le suis pas. Je voulais voir s’il y avait quelque chose que j’aimais faire, qui me rendrait heureuse si je travaillais 24h par jour dedans. Puisque que j’avais fait un stage en évènementiel, dès qu’un poste s’est ouvert, au bout de six mois dans l’entreprise, j’y suis retournée.

J’ai passé cinq ans dans ce département. Et puis ensuite, tous mes supérieurs sont partis en six mois. Ils étaient tous partis donc on s’est intéressé à moi. J’avais 26 ans et on m’a dit qu’on voulait que je dirige le département évènementiel de l’Amérique du Nord et du Sud. A 26 ans, cela semble une idée géniale, même si tu ne comprends pas vraiment ce que cela implique, tout particulièrement quand ton supérieur est très bon, parce qu’alors cela semble facile.

J’ai dû vraiment beaucoup apprendre entre 26 et 28 ans (rires), un peu comme avec une échelle, une échelle qui va directement dans le ciel. Il y a eu des moments où je crois que mon boss m’a dit : “Je ne sais pas si ça va marcher”. Je me souviens avoir pleuré, être rentrée chez moi en pleurant et en me disant, si, regarde-moi, je vais y arriver. Et je crois que c’est nécessaire. Il faut cette énergie parce que c’est ce qui permet de rester.

Mais c’est très rigoureux, ce poste n’est pas facile. On organise 500 événements par an avec 3 personnes. On vit dans son bureau, on y vit.

De quels types d’évènements t’occupais-tu ? Quels sont les évènements qui ont lieu chez Christie’s ?
Tout. Pendant une journée habituelle au cours de la saison pleine, il y a deux petits-déjeuners en même temps, deux déjeuners assis, deux ou trois réceptions et parfois une vente aux enchères ensuite. Il peut aussi y avoir un dîner assis. ET puis, quand on organise des évènements chez Christie’s, on accueille le niveau de clients le plus élevé au monde et donc tu sais qu’il faut faire quelque chose de spectaculaire. Pourquoi viendraient-ils sinon ? En plus de simplement organiser l’évènement, il faut s’occuper de réfléchir au prochain.

C’était rigoureux mais j’adorais ça.

Et donc, comment ta position a-t-elle évoluée ?
En 2008, au moment de la chute du marché, on m’a dit qu’il fallait que je vire une personne de mon équipe parce qu’il y avait une réduction de la masse salariale. J’ai ri au nez de mon boss. Nous étions trois. Nous ne pouvions pas passer de trois personnes qui s’occupent de 500 événements par an à juste deux avec le même nombre.
Je lui ai donc proposé de ne pas du tout dépenser d’argent, de laisser le budget comme il était, je ne dépenserai pas d’argent. Il m’a dit : “D’accord, tu as six mois”. Je pense qu’il savait que si je perdais un poste, je ne le retrouverais jamais. J’ai donc dit aux deux personnes de mon équipe que, en gros, il fallait que nous trouvions des sponsors pour tout dans nos événements. A la fin des six mois, non seulement nous avions réussi mais nous avions même fait un peu de bénéfice.

Et je me suis demandé pourquoi est-ce que ce petit profit ne pourrait pas aller aux salaires d’autres départements ? Nous ne sommes pas un département de support, nous produisons des bénéfices. J’ai pris conscience que nous pouvions y arriver et gagner plus d’argent. C’est ce que nous faisons maintenant. Nous créons des programmes pour des compagnies extérieures à l’intérieur de Christie’s.

Personne ne le faisait avant ? Il n’y avait personne pour gérer les relations avec les entreprises au sein de Christie’s ?
Non, pas vraiment. A l’époque, quand j’ai commencé à m’occuper de sponsors – il y a 15 ans environ – c’était tout petit, on échangeait du cash, c’était un logo sur l’invitation. Mais c’était tout. Personne ne s’attendait à ce que quiconque puisse dire que x avait été vendu grâce à ça. Il n’y avait rien de plus qu’un basique “Merci de nous recevoir”.

A quoi ressemble un sponsoring maintenant ? Quels types de programmes crées-tu ?
Des campagnes marketings à 360 degrés. Nous nous occupons de tout, depuis le contenu et le transport d’expositions dans le monde jusqu’aux événements. Il y a toujours beaucoup d’événements mais grâce au monde digital, nous sommes capables de les partager avec une audience bien plus importante et c’est ce qu’ils veulent tous faire.

Tu as dû assister à une importante évolution. Peux-tu nous parler de l’influence du monde digital sur le monde de l’art et des enchères, selon toi ?
Je pense que le monde de l’art en a beaucoup bénéficié parce que cela a ouvert les yeux de beaucoup. C’était un facteur d’égalisation à de nombreux niveaux.

Un des challenges que Christie’s a toujours eu, c’est de faire comprendre aux gens que nous ne vendons pas seulement des Picasso pour 100 millions de dollars. Nous vendons du vin, nous vendons des meubles, nous vendons des canapés pour un prix inférieur à ce que vous pourriez payer chez Pottery Barn. Des décorateurs d’intérieur viennent chez Christie’s pour acheter des pièces qu’ils pourront revendre 10 fois plus cher. Il faut donc faire comprendre aux gens ce que nous faisons. Je dis toujours à mes amis qu’ils ne devraient jamais acheter de bijoux dans le commerce, il faudrait toujours les acheter dans des ventes aux enchères parce qu’on ne paie qu’? du prix. Vous ne payez pas pour la marque. C’est la même chose pour les montres. Vous payez simplement l’objet. Je crois que nous avons réussi à le faire comprendre aux gens, à raconter cette histoire, grâce à notre marketing digital.

Il y a dix ans tu as fait entrer des sponsors pour tenter de sauver ton département et maintenant, c’est devenu…
Aujourd’hui, j’ai une vraie équipe, croyez-le ou non. J’ai 4 personnes à New York et 3 à Londres. Nous organisons des partenariats dans vraiment tous les pays. Je crois que nous avons fait 52 partenariats l’année dernière. Nous sommes présents dans 39 pays au monde. Parce Christie’s est partout. Nous sommes une sorte de feuille de route.

Avec quelles marques, pour n’en citer que quelques-unes, as-tu conclu des partenariats ?
Bugatti au moment du lancement de leur nouvelle voiture à 2.7 millions de dollars. Mandarin Oriental. VistaJet, NetJets, BMW, Audi — tout ce marché vertical. Et ce qui est drôle – on me demande toujours comment j’ai pu rester si longtemps dans une entreprise – mais c’est parce que les journées ne se ressemblent jamais. Les partenariats ne sont jamais les mêmes.

Depuis que tu as fait ce changement il y a dix ans, est-ce que ton rôle et ton travail ont évolué ?
En plus de ce que je fais pour les partenariats stratégiques, je m’occupe également du département de vente aux enchères caritatives pour Christie’s, j’y suis depuis 15 ans. Je le dirige depuis 7 ans. C’est une autre partie de ma carrière qui a été très drôle. Si on en revient à la raison pour laquelle je suis restée si longtemps à un endroit, cela fait partie des choses qu’on ne peut faire que dans un endroit comme Christie’s. Je dis toujours aux gens qu’il faut en passer par les tâches ingrates, il faut comprendre les bases pour être extrêmement bon dans son travail. Quand j’ai commencé, pendant 5 ou 6 ans, je faisais des ventes aux enchères, je n’étais pas une mauvaise commissaire-priseuse, vous pouviez me mettre sur scène, ça fonctionnait. Et ensuite, au bout d’environ cinq ans, je me suis vraiment affirmée dans ce que je faisais. J’ai compris comment faire pour que ça marche. J’ai passé les dix dernières années à chercher ma propre manière de faire et à l’enseigner.

Comment as-tu appris à être commissaire-priseuse ? C’est un art si spécifique.
J’enseigne ce cours à Christie’s maintenant. C’est une sorte de classe de survie. Ça dure 4 jours et tous les jours, je vote pour que certains soient éliminés de l’île. Ce n’est jamais méchant. Si j’ai l’impression que quelqu’un ne se sentirait pas à l’aise sur scène, je ne le mettrais jamais sur scène. Faire des ventes aux enchères caritatives consiste à parler en public pendant que quelqu’un vous envoie des balles de tennis dans la figure. Cela distrait beaucoup.

Il faut être sans peur sur scène. Et cela vient de l’expérience. Il faut avoir vécu le moment où tu es sur scène et que ton micro ne marche pas, ou bien quelqu’un est ivre et hurle quelque chose quand tu es sur scène, ou tu pourrais trébucher et tomber. Toutes ces choses me sont arrivées donc je parle d’expérience. Ou bien tu pourrais lancer les enchères et personne ne suit. Que fais-tu ? Comment gérer cette situation et faire en sorte que ça marche. C’est ce que j’essaie d’enseigner ma classe. Mais ensuite je leur dis qu’ils doivent sortir et faire ce travail. Il faut sortir le samedi soir, tard, quand tu es fatiguée et que tu ne veux pas travailler mais il faut se souvenir que tu apprends et que tu lèves des fonds pour une bonne cause.

Comment as-tu appris à gérer ces situations auxquelles tu étais confrontée ?
L’expérience. Le simple fait d’être là. Il faut puiser profondément en soi.

T’es-tu portée volontaire pour être commissaire-priseuse ou quelqu’un t’a-t-il poussée à le faire ?
Quand j’ai commencé à accompagner des commissaires-priseurs à des enchères, j’étais en charge des enchères dans la salle donc je pouvais voir ce qui marchait et ce qui ne marchait pas. C’était une bonne vision d’ensemble. Et je n’arrêtais pas de me dire, je veux ce micro, donne-moi ce micro.

Cette année-là, ils ont ouvert des auditions pour toute l’entreprise parce que beaucoup de gens avaient été malades, avaient raté des avions, c’était un beau désordre. Beaucoup de commissaires-priseurs vieillissaient, ils avaient des engagements familiaux. Tu n’as pas envie d’être sur scène tous les soirs. Tu n’a pas envie d’être dans une petite ville du Kansas en janvier. Ils se sont dit qu’il y avait peut-être une petite jeune de 24 ans sans amis qui serait ravie d’aller à Kansas City parce qu’elle serait en voyage d’affaires ! C’était moi. C’est comme ça que tout a commencé. J’ai essayé. Ils m’ont dit : “Tu pars à Kansas City” et j’étais en mode “trop hâte”. Mois de janvier, glacial, et j’y suis allée.
A notre époque, ton niveau ne se juge qu’à ta réputation. On peut googler tout le monde. Mais si tu n’as pas de réputation, ton niveau, c’est juste un point d’interrogation. Alors je suis sortie de l’avion et je suis allée rencontrer ce groupe de gens qui avaient 60-70 ans. Ils ne savaient pas quoi faire.

J’étais censée représenter mon entreprise mais ils m’ont mise à la table des enfants. Et à l’époque, j’ai pensé “D’accord, c’est logique, je devrais sans doute aller à la table des enfants. Je suis une enfant.”

Mais ce qui est drôle c’est que, encore récemment – il y a deux semaines, j’ai fait une vente aux enchères en Allemagne et j’ai presque revécu ce moment. J’étais en Allemagne où je n’ai ni la réputation ni l’expérience que j’ai ici. J’ai vraiment pris conscience qu’ils ne me connaissaient pas. Ils ont eu un homme commissaire-priseur pendant 15 ans. Dans tous leurs appels, ils me disaient qu’il fallait vraiment que je captive la foule et que Andreas faisait ci et ça. Je ne doute jamais de moi parce que je pense que j’en suis à un point où je suis bonne dans ce que je fais. Donc c’était très étrange d’avoir l’impression d’être partie du mauvais pied. J’étais très stressée avant de monter sur scène.

J’ai commencé à lancer les enchères et je n’arrêtais pas de dire dollars à la place d’euros. Dix mille dollars et puis je marque une pause en mode ô mon dieu, et je vois les réactions du public sur leur visage. Je passe au lot suivant et j’étais tellement stressée que je me demandais ce que j’étais en train de faire. Et puis je me suis dit : “Qu’est-ce que tu ferais, là, si tu étais aux Etats-Unis ?” Comment séduire une audience ? Il faut s’identifier à eux. Ils avaient vu que je disais dollars, ils savaient tous que j’étais américaine. Donc pourquoi ne pas le dire, tout simplement, pour que ce ne soit pas bizarre ? Et donc j’ai continué : “Mesdames et Messieurs, je suis sûre que quand j’en serai au lot #5, les enchères se feront uniquement en euros mais en attendant, essayez de tirer parti du dollar parce que ça va sans doute continuer.” Et ils ont ri. J’ai poursuivi : “Je crois que je suis encore un peu jet-laguée, je ne suis arrivée qu’hier soir. Est-ce que vous pourriez me faire remarquer quand je dis dollars ?” Et pour finir, à chaque fois que je disais dollars, ils hurlaient euros. C’est devenu une blague et quand j’ai enfin réussi à faire un lot complet en euros, ils m’ont applaudie ! Eux non plus n’avaient pas envie que je rate ces enchères. Je me suis dit que j’avais beau être en Allemagne, ces gens restaient tout à fait normaux, pourquoi est-ce que je devrais les traiter différemment du public new-yorkais ? C’était important que j’apprenne à nouveau cette leçon, je le savais, mais il a fallu que je la réapprenne sur scène et en Allemagne.

Il n’y a pas beaucoup de commissaires-priseuses. Comment as-tu vécu le fait d’être une femme dans cet espace ?
En effet, il n’y en a pas beaucoup. Même si je crois qu’il y en a beaucoup plus maintenant, depuis que j’enseigne ce cours, les femmes se sentent plus à l’aise pour le suivre. C’était très dur au début. Les gens ont des biais inconscients et ils ne se rendent même pas compte que ce qu’ils disent peut vous mettre mal à l’aise. Comme quand on m’a fait m’asseoir à la table des enfants. Aucun des commissaires-priseurs masculins de mon âge qui allaient à des évènements n’a eu à s’asseoir à la table des enfants, jamais. Et pendant les enchères que j’ai conduites en Allemagne, je portais une robe sans manche et des sandales à lanières, comme pour toutes mes enchères à New York. Et l’un des organisatrices m’a dit quand je suis rentrée “Oh, vous ne portez pas de bas. Vous n’êtes pas vraiment Américaine ?” Dès que j’entends ce genre de remarques, je réponds immédiatement quelque chose, c’est un peu comme le réflexe du chien qui s’ébouriffe quand on le mouille. Et en même temps, est-ce qu’on a déjà dit à un homme arrivant à un évènement “Oh, vous ne portez pas de brogues ?” J’étais là, ok, voilà comment je m’habille. Pourquoi faire ce genre de remarque ? Mais je ne pense pas qu’elle voulait vraiment dire quelque chose par là, c’était juste un commentaire. Et puis même cette conversation qui a précédé les enchères : “J’espère que vous serez assez forte pour contrôler notre public, j’espère que vous y arriverez”. Pas d’inquiétudes. Ça va aller. S’il y a bien une chose que je sais faire, c’est contrôler une audience.

Tout à l’heure, tu as mentionné ton livre, The Most Powerful Woman in the Room is You, qui sera publié en avril.
Oui, je suis tellement excitée !

Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire livre ?
La question qu’on m’a posé en permanence pendant toute ma carrière de commissaire-priseuse, enfin au bout de 5 ou 6 ans. Je quittais la scène et je trouvais quelqu’un planté là qui me demandait “Mais qu’allons-nous faire de tout ce talent ?” Et je répondais : “Et bien, je viens de lever un demi-million de dollars, ça ne suffit pas ?” Mais je comprenais la question. J’aime être sur scène, j’aime cette part de spectacle et j’aime inspirer et motiver les gens. Cette conversation avait déjà eu lieu. J’ai été approchée par Goldman Sachs qui voulait savoir si j’accepterais de travailler dans leur équipe des fortunes privées. J’ai reçu des propositions de postes très étranges de gens qui ne savaient pas trop quoi faire avec moi.

Il y a cinq ans, je me suis gentiment moquée d’un homme au premier rang, j’ai commenté ses lunettes en cul-de-bouteille et sa tenue. Comme je le fais d’habitude avec un public. J’étais sur scène avec Uma Thurman, c’était pour l’association caritative qu’elle avait fondée. Il est venu me voir à la fin : “Je suis l’agent d’Uma, Jason Weinberg. Je vais vous trouver quelque chose.” Et puis il m’a envoyé un mail le soir-même, il voulait m’emmener petit-déjeuner avec Uma pour discuter de ce qu’on pourrait me trouver. Donc nous sommes allés petit-déjeuner et je lui ai dit que je ne voulais pas forcément faire un spectacle, je voulais écrire un livre. Et puis cinq années ont passé et j’ai eu trois enfants en quatre ans.

Après la naissance de ma fille, j’ai laissé passé un peu de temps, puis j’ai travaillé sur quelques textes et je les ai envoyés à l’agent de ma meilleure amie mais elle m’a répondu que le livre ne se tenait pas. Pour finir, j’ai appelé ma meilleure amie Mary, elle est un peu la Gayle de mon Oprah. Et je suis la Gayle de son Oprah. Nous pensons toutes les deux que nous sommes Oprah. J’étais en mode “je dois le faire”. Elle m’a dit que ce serait de la folie de ne pas préparer pas au moins une présentation. J’avais quatre vols, des aller-retours, de prévus – trois en Californie et un au Texas. Et j’ai écrit une présentation, je l’ai envoyée à son agent. C’était étrange parce que je n’avais jamais vraiment réussi à trouver le bon point de vue dans mes autres textes. C’est ce que me répétait Meg, tu dois trouver le bon point de vue, tu passes à côté. Je l’ai écrite et je l’ai envoyée. La nuit avant que j’envoie la proposition, je savais que l’introduction était très juste. Je savais exactement ce que je voulais dire. Je l’ai littéralement écrite en chemin vers la Californie, c’était bouclé en quatre heures. Elle m’a répondu en majuscules C’EST BON. Et j’étais d’accord, je le savais déjà. Je le savais vraiment déjà.

De quoi parle ton livre ?
C’est le livre que j’aurais aimé qu’on me donne il y a vingt ans parce que je voulais tout avoir. Je voulais avoir une carrière, faire des choses exceptionnelles. Je voulais voyager, voir le monde, rencontrer des gens intéressants mais je ne savais pas ce que je faisais ou comment y arriver. Et j’ai des parents géniaux. Ils m’ont toujours répété que je pouvais y arriver, c’était possible. Mais arriver à quoi ? Qu’est-ce que ça veut dire. J’ai l’impression qu’au fil du temps, une grande part de ce que j’ai appris, je l’ai appris dans les enchères caritatives en étant sur scène – j’ai appris qu’il fallait se vendre dans la vie, vendre sa vision et qu’on vend son entreprise en se vendant soi-même, quelle que soit l’entreprise. Et on ne l’apprend pas aux femmes. Quand je dis aux gens les noms des chapitres comme Se vendre, Tu es ce que tu négocies, Networker ou mourir – toutes ces choses que j’ai apprises petit à petit, mes amis masculins sont juste là : “ok, d’accord”. Et mes amies répondent en disant : “Ok, il faut que je lise ton livre”. Tout de suite. Je crois que nous passons à côté de quelque chose. On nous apprend des choses mais il y a quelque chose qu’on ne nous dit pas parce que nous ne l’entendons pas. Et je ne suis pas la seule à le penser. Les nouvelles générations, les femmes qui sont au début de la vingtaine, elles commencent à l’entendre. Selon moi, cela tient au mouvement Me Too, on a eu des conversations que je ne n’avais jamais entendues de ma vie. Donc j’ai l’impression que c’est le bon moment pour sortir ce livre et je suis très excitée par cette aventure. Vraiment.

Et en chemin, tu t’es aussi mariée et tu as eu trois enfants.
Oui ! Je sais, je sais…

Comment as-tu fait pour être mère tout en travaillant à temps complet, en ayant en gros deux jobs, tout en écrivant un livre ? Tu fais un peu de tout.
C’est vrai qu’avec le livre, ça faisait beaucoup, vraiment beaucoup. Je me sens chanceuse. Je crois que c’est parce que j’étais dans une entreprise, puisque nous en parlions tout à l’heure, je crois qu’un des plus gros avantages à rester aussi longtemps que moi dans une entreprise, c’est que j’ai gagné ma place à la sueur de mon front.

Je trouve qu’en tant que femme avec un job, je travaille de manière incroyablement efficace. Je mets toujours la priorité sur mes enfants par rapport à tout le reste. Et tout le monde au travail le sait. Si mes enfants ont quelque chose où je dois être, je vais trouver un moyen d’y arriver et je trouverais une façon d’adapter mon emploi du temps. J’ai l’impression d’être transparente avec eux sur ce à quoi ressemblent mes journées, quand je vais être là, quand je ne serai pas là. Mais j’accepte aussi de me connecter une fois que mes enfants sont couchés, ça ne me dérange pas vraiment. Je suis connectée quand je suis dans le taxi en chemin vers des enchères, je suis connectée quand je suis derrière la scène, si j’en ai besoin. Et c’est peut-être parce que je suis là depuis si longtemps, mais cette manière de travailler – les moments où je travaille et les moments où je ne travaille pas, ça me va. Je crois que c’est plus facile.

Ça demande beaucoup d’improvisation à tous les niveaux. Penses-tu que c’est quelque chose qui s’apprend avec le temps ? Ou penses-tu que c’est une qualité innée ?
Je pense que la partie sur scène s’apprend avec le temps. Même si je pense être rapide par nature. Je parle vite, un peu comme ici. Oui, pour commencer, je parle très vite. Mais je crois qu’il y a quelque chose en moi qui peut répliquer très vite. Mais une grande part de ce que j’ai appris, je l’ai appris sur scène. Si tu avais vu ma première vente aux enchère, tu serais en mode, euh ? Mais ensuite, dis-toi que je suis montée sur scène avec Bruce Springsteen au Madison Square Garden, pour une vente aux enchères très différente. Pourquoi est-ce que, alors que je ne l’avais jamais rencontré, je me sentais à l’aise en entrant sur scène et en marchant vers lui pour vendre aux enchères sa guitare devant 5 000 personnes ? Ça, c’est de l’entraînement. Le stress disparaît parce que je suis sûre de moi quand je monte sur scène.

Qu’est-ce que tu aimes le moins dans ton travail ?
Je n’aime vraiment pas les tableurs. Je ne sais pas qui a imaginé Microsoft Excel, mais je ne pense pas que nous serions amis.

Quel est le meilleur conseil qu’on t’ait jamais donné, ou bien une idée à laquelle tu tiens et vers laquelle tu reviens souvent ?
C’est mon père qui le dit, réseauter et mourir. C’est tout simplement la chose la plus importante au monde. Et je ne parle pas de simplement réseauter dans son entreprise. Non, je veux dire qu’il faut réseauter au Starbucks, réseauter dans l’avion, dans le train, partout. Parce que les gens que vous rencontrez peuvent vous apprendre des choses si vous êtes prêts à écouter.

Quel conseil donnerais-tu à ceux qui aimeraient travailler dans le monde de l’art, chez Christie’s, et peut-être même dans l’évènementiel ou les ventes aux enchères
Dans le monde des enchères, on accorde beaucoup d’importance aux stages pour mettre le pied dans une maison artistique ou dans une maison de vente. Pour moi, c’est vraiment la clé. Beaucoup de personnes multiplient les diplômes. Mais à moins d’être spécialiste, un master n’est pas vraiment nécessaire. On apprend beaucoup sur le tas. Dans le monde des enchères ou le monde de l’art, les salaires ne sont pas très élevés donc il faut être passionné. Il y a deux semaines, une femme est venue me voir en me disant qu’elle avait deux propositions de postes, elle pouvait travailler à l’accueil d’une galerie et rencontrer plein de gens, ce serait génial, ou bien elle pouvait prendre un poste aux partenariats chez One Kings Lane. Les deux lui avaient proposé un poste. Je lui ai demandé si elle pouvait se permettre de travailler dans la galerie. Elle m’a répondu : “Il faudrait que je fasse du babysitting”. Et forcément, je lui ai dit de se lancer dans la vie qu’elle voulait. Que veux-tu être ? Tu peux être la personne qui achète des oeuvres d’art. Pas besoin d’être la personne à la réception. Il y aura d’autres personnes qui sont tellement passionnées par l’art qu’ils ne peuvent rien faire d’autre, ils veulent simplement être à la réception pour être proche d’oeuvres d’art. Si ce n’est pas ton cas, pas de problème. Tu peux y revenir plus tard. Mais choisis le salaire et la vie que tu veux. N’attends pas que d’autres te les donnent. C’est la vérité et je sais qu’en tant que femmes, nous n’aimons pas l’entendre. Ne prends pas un job parce qu’il est marrant. Prends un job parce que tu apprécies à sa juste valeur le salaire que tu touches pour ce poste et le travail que tu fais.

A quoi ressemble un jour typique pour toi ?
Le matin, j’ai l’impression d’être sur les chapeaux de roue dès le réveil : nos deux enfants vont dans des écoles différentes et il faut aussi s’occuper du bébé. C’est nous qui les déposons avec mon mari, chacun en dépose un. Donc si j’amène ma fille, je saute dans le métro, je la laisse à l’école et ensuite j’enchaîne avec le boulot. Quand j’arrive au travail le matin, j’adore m’y mettre tout de suite parce que je trouve que les gens sont très frais. J’aime faire des réunions en tête à tête, si possible avec de nouveaux partenaires. Peu importe si on ne se revoit pas tout le temps ensuite, je trouve juste que rencontrer les gens, c’est beaucoup plus efficace que de s’envoyer des emails, et ça permet aussi d’apprendre à se connaître. J’ai l’impression que c’est quelque chose qui se perd. C’est dommage, il n’y a rien d’aussi fort que de rencontrer quelqu’un. Certains de mes partenariats ont duré beaucoup plus longtemps que prévu juste parce que j’avais aimé travailler avec l’équipe, et vice versa. J’essaie toujours de prévoir des déjeuners ou des cafés, ce genre de choses. Je me prévois toujours au moins deux entretiens d’information par semaine, même en interne avec les membres de mon équipe, je reçois en permanence des demandes. C’est toujours fun de rencontrer de nouvelles personnes. Le reste de la journée tourne surtout autour de la gestion des partenariats.

Si j’ai une vente, pendant la saison des ventes de charité, en général, j’ai toujours au moins un appel pour discuter du déroulement de la soirée. Ensuite, je rentre chez moi et, en fonction de la journée, j’essaie de caser un jogging ou un peu d’exercice à la salle de sport si j’ai le temps. Sinon, j’essaie juste de me le programmer le weekend ou tôt le matin et je rentre chez moi. En général, j’arrive à la maison autour de 17h, 17h30 au plus tard et les enfants sont prêts pour le dîner. Je prépare à manger et avec Rea, notre nourrice, on leur donne le bain, on joue au loup ensemble et je les mets au lit après son départ. Mon mari rentre dans ces eaux-là, en fonction de l’heure à laquelle je dois être sur scène. Les enfants sont couchés à sept heures. Ensuite, je ressors pour la vente et je suis de retour à la maison au plus tard vers onze heures, onze heures trente en général, et je vais me coucher. Je travaille sur les ventes et leur préparation depuis si longtemps, parfois les gens ont du mal à comprendre. Pour moi, c’est toute ma vie. Je ne sais pas trop comment leur répondre autrement. Ça me semble tout à fait normal d’avoir deux jobs complètement différents.

Quel serait ton rêve en ce qui concerne ta carrière ? Tu viens juste d’avoir 40 ans et tu jongles entre la maternité et trois boulots en même temps, en comptant le livre… Que veux-tu faire après ? Quelle est la prochaine étape pour toi ?
Eh bien, Christie’s est un peu comme une ancre pour moi. Et ça me plaît. J’adore Christie’s et j’espère que la maison fera toujours partie de ma vie. Ce livre, pour moi, c’est une opportunité géniale de vraiment faire passer ce message. J’aimerais vraiment faire plus de prises de parole, j’adore ça, et continuer à participer aux ventes. Mais j’envisage aussi d’écrire un autre livre, tu vois, pourquoi pas – par exemple avec mon amie Mary, on s’est dit en plaisantant qu’on écrirait un livre ensemble pour nos enfants. Je sais aussi que mon agente a été contactée pour les droits d’adaptation au cinéma et à la TV, donc ça pourrait aussi être une possibilité. Je me dis que la bonne réponse, c’est toujours : oui.

19 comments

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  • Yeah Emily you are the best ! Lydia Fenet is so amazing, graceful and smart. I love how she rides her life. Reading you both I learn a lot. Each day I read « Artdaily.org ». I am passionate by art and particularly asiatic art. Christie’s, Sotheby’s and Bonhams are my favorite to learn more. You can see so incredible piece of art which are not in the museum. Thank you so much, the interview is really empowering !

  • You’re the best, Sunny Side! xx

  • This is a great interview – what a fascinating trajectory.

  • My god that energy! I graduated in art history as well and I am familiar with the art business but Lydia’s voice is unique, so honest, empowering and inspirational.
    Best career interview ever!

  • Thanks Mar! Lydia is a total ball of energy–in the best way ever! It’s incredibly inspiring and I’m so glad that came across in the interview! xx

  • She is fantastic. I want to be like her. I want to be her friend. This might be the best interview in the career series on Studio Doré that I’ve read. Thank you!

  • Thank you!! That means a lot! I hope they keep continuing to knock your socks off! xx

  • Thanks Emily, Normally these career pieces are a bit too long for me, this one was fabulous. This felt like reading a great Biography, hope you do a piece on her book once it’s printed.

  • Thanks Maureen! xx

  • Emily this is such a great interview. I so want to get to work this morning!

  • Thank you Mairi! I found Lydia totally motivating as well! xx

  • So positive and empowering

  • Nini piccola 10 janvier 2019, 1:07 / Répondre

    Really interesting!

  • I am so excited to read Lydia’s book! Your interview is my first intro to her and I loved it so much. I can feel her positive energy through her responses – so motivating and empowering!

  • LOVED this interview, so fascinating!

  • Toujours aussi génial les interviews carrières ! Même quand c’est très éloigné de notre domaine c’est absolument top à lire et si intéressant !
    Merci merci !!!

  • This itw is amazing, so empowering and real, as I am an art lover, I would love to see an itw of Camille de foresta who is also working at Christie’s. Would be awesome to learn more about her career choices

  • Best Careers article ever! Thank you, and what a wonderful and sincere interview. Comes across so personal.

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