_03C4960-3

4 months ago by

A moins que vous ne viviez en ermite (c’est un peu l’impression que j’ai ces derniers mois… tellement hâte que 2017 soit derrière moi !), je pense que vous êtes au courant de la tendance beauté naturelle. Il existe des milliers de marques qui se targuent de proposer des produits naturels, bio, plus sûrs pour nous que les bons vieux produits toxiques de l’époque. Il y a aussi ces marques qu’on connaît et qu’on aime depuis toujours, et qui sortent elles aussi leur gamme de produits naturels. J’ai l’impression que tout ce que je mets sur mon visage, mes cheveux, mon corps ces derniers temps a été cultivé par un fermier dans un champ sublime. Mais est-ce que c’est vrai ?

En tout cas, je trouve que les choses sont devenues bien compliquées… Du coup, on a eu envie de creuser un peu. On a demandé à quelques spécialistes et expertes de répondre à nos questions sur la signification de la cosmétique “naturelle”, “bio” et “non-toxique”. C’est vraiment bon pour nous ? Les composants de synthèse sont-ils vraiment si mauvais que ça ? On a abordé ces problématiques avec Jayme Cyk, responsable beauté chez Violet Grey, Angelina Umansky, co-fondatrice de Spa Radiance, Marie Veronique Nadeau, créatrice et conceptrice de Marie Veronique, sa ligne éponyme de soins pour la peau, et Lucy Vincent Marr, qui a fondé sans [ceuticals]. On ne fait que gratter la surface du problème… N’hésitez pas si vous avez d’autres questions pour ces femmes, qu’on puisse continuer à alimenter cette conversation !

_______________________________

Quel est votre ressenti sur la tendance “bio” et “tout naturel” dans les produits de beauté ?

Jayme : Je devrais commencer par dire que des termes comme écolo, non-toxique, sain, propre et naturel sont des mots qui ne veulent rien dire puisqu’ils ne bénéficient pas d’une validation officielle de la FDA (ndlr : Food and Drug Administration). Moi, j’utilise les deux catégories de produits, ceux qui se disent naturels et les autres – mais au final, ce qui compte, c’est l’efficacité. Si un produit m’intéresse et que j’entends dire qu’il est naturel, j’ai besoin qu’on me raconte une histoire qui me parle, que les composants soient innovants mais aussi validés scientifiquement.

Angelina : Tout ça, c’est du marketing. Il n’y a pas de termes clairement définis, ce qui veut dire qu’un même produit peut être étiqueté naturel, bio, propre, non-toxique, etc. Ces dénominations ne veulent rien dire.

Marie Veronique : J’ai envie de dire : les mots ont un sens. On utilise beaucoup le terme « organic » en anglais. En chimie, quelque chose d’organique, c’est une molécule qui contient du carbone. Du coup, ça voudrait dire que les parabènes sont organiques, mais ce n’est pas ce que le terme signifie lorsqu’il est utilisé dans le contexte des soins pour la peau. « Organic » est une traduction approximative du terme français « biologique », ce qui signifie que quelque chose trouve son origine dans la matière vivante…. le 100 % naturel, c’est incroyablement vague ! Est-ce que ça comprend les composés synthétisés en laboratoire pour reproduire ce qu’on trouve dans la nature, comme l’acide ascorbique ? Si les scientifiques et chercheurs tendent à utiliser ces termes avec prudence (quand ils les utilisent, étant donné le nombre infini d’interprétations possibles), ils sont en décalage avec les marques qui ont recours à tout ce discours et ces formules marketing et sont porteuses d’un message plus confus qu’instructif. Tout le monde finit par être frustré et contrarié.

Comment distinguer les bons des mauvais produits ?

Jayme : En tant que rédactrice beauté, je fais de mon mieux pour essayer de me familiariser avec les différents ingrédients. J’aime beaucoup les marques niches et celles qui proposent des gammes limitées à quelques produits, mais plus que les composants, ce qui compte pour moi, c’est de questionner les marques sur leur manière de maintenir la qualité de leurs produits. L’églantier ou l’huile de marula ne sont pas toujours cultivés de la même manière par exemple.

Marie Veronique : Efficace = bon
Efficace + sain = très bon
Inefficace = mauvais
Inefficace et pas sain = très mauvais

Lucy : Le site Skin Deep est une excellente source d’informations fouillées et intelligentes sur les composants des produits cosmétiques.

Quels sont les ingrédients “bons » les plus efficaces et pourquoi ?

Jayme : C’est une question-piège car tous les « bons » composants ne fonctionnent pas pour tout le monde. Moi, j’aime beaucoup l’acide hyaluronique qui hydrate et repulpe instantanément. Je suis aussi très fan du nicotinamide pour ses effets illuminateurs et ses bienfaits sur les peaux sensibles. La tanaisie est aussi un ingrédient que j’affectionne particulièrement. Ça hydrate et apaise (contient un antihistaminique naturel), mais permet aussi de se sentir décontractée grâce à ses effluves d’aromathérapie.

Angelina : Je n’aime pas prendre les ingrédients de manière isolée. Imaginons trois ingrédients qui pris seuls sont fabuleux mais associés perdent de leur efficacité…

Marie Veronique : Pour moi, le numéro 1, c’est le rétinol. On sait depuis longtemps, de façon scientifique, que les rétinoïdes synthétisés en labo et transformés en acide rétinoïque ont un effet anti-âge et bénéfique sur l’acné. A ne pas confondre avec le “rétinol 100 % naturel” qu’on trouve dans certaines huiles et qui fait référence à la vitamine A contenue dans certaines variétés d’huiles, souvent le bêta-carotène. Dans ce cas, le rétinol n’est pas synthétisé en acide rétinoïque.

Lucy : Fondamentalement, les meilleurs composants pour la peau sont l’eau et les lipides. Il est important de s’assurer que ces lipides sont biodisponibles (un terme qui décrit la capacité des ingrédients à pénétrer les différentes couches de l’épiderme pour leur offrir les nutriments indispensables et renforcer le derme qui est le siège de la régénération de la peau.).

Quels sont les composants/ingrédients à éviter à tout prix ?

Lucy : Les parabènes, les phtalates et les sulfates. Il faut souligner que ce ne sont pas les sulfates eux-mêmes qui posent problème mais leur méthode de production qui contribue à les contaminer.

Jayme : Il y a les suspects habituels : parabènes, phtalates, laurylsulfate de sodium et le sulfate de laureth responsables d’irritations cutanées et seraient liés à certains cancers et perturbations endocriniennes. Je ne suis pas fan des parfums que l’on rajoute et qui sont souvent très irritants pour la peau. Tout le monde ne réagit pas comme ça, mais si vous avez la peau sensible, je recommande d’éviter. L’huile minérale est aussi irritante, surtout pour les peaux à tendance acnéique.

Marie Veronique : Il y a des listes d’ingrédients à éviter sur des sites comme EWG, très utiles. A prendre avec un peu de recul, toutefois. En revanche, il y a deux composants qui reviennent un peu partout : les conservateurs comme le phénoxyéthanol et l’alcool de phénéthyl… les deux sont susceptibles de causer des irritations, même à faible dose.

Et des ingrédients qui ont l’air mauvais mais ne sont en fait pas si terribles ?

Jayme : C’est quelque chose qui est débattu en permanence, mais j’aimerais dire que la toxicité d’un produit dépend aussi de la dose utilisée. Les produits de synthèse ne doivent pas vous effrayer… Néanmoins, regardez bien le nom de chaque composant synthétique et assurez-vous qu’il correspond bien aux effets que vous recherchez.

Marie Veronique : Les gens citent souvent le rétinol comme un composant à éviter à cause de ce qu’ils ont entendu, mais ce serait dommage de se priver de l’ingrédient le plus efficace pour améliorer la qualité de la peau à tous les âges. Pour permettre aux gens de s’offrir le bon rétinol, il faut qu’ils soient mieux informés, parce qu’il y a effectivement beaucoup d’imitations.

Angelina : En ce moment, les huiles essentielles ont mauvaise presse. Mais quand elles sont bien utilisées, elles peuvent se révéler très efficaces pour la peau. L’alcool est un autre ingrédient qui tend à faire paniquer mes clients. C’est là qu’il est important de prendre en compte le reste de la composition d’un produit. Effectivement, si l’alcool est l’ingrédient principal, alors il risque d’assécher votre peau. Mais si c’est juste un ingrédient parmi d’autres, c’est qu’il sert à diluer un autre ingrédient qui autrement serait trop épais à appliquer sur la peau, et donc qu’il n’a pas d’effet direct. Les alcools type cétyle, stéaryle sont des alcools gras bons pour la peau mais qui ont souvent mauvaise réputation.

Vos conseils aux femmes qui aimeraient rendre leur rituel beauté plus naturel sans vraiment savoir par où commencer ?

Jayme : Il faut d’abord définir vos objectifs. Vous voulez avoir le teint plus net ? Est-ce que vous souffrez de petites inflammations ? Est-ce que vous cherchez des produits anti-rides et ridules ? Est-ce que vous êtes plus dans la prévention ? Une fois que vous avez déterminé vos besoins, faites le tour de vos produits, voyez ce qui marche et quels ingrédients ils contiennent. Et renseignez-vous. Si vous avez envie d’essayer une certaine marque, regardez un peu les ingrédients présents dans les produits, voyez si certains se recoupent. Lisez les avis/critiques, n’essayez pas trop de produits à la fois. Commencez par un produit pour voir si votre peau le tolère. Donnez-vous deux semaines au moins avant d’en essayer un autre.

Angelina : Commencez par votre nettoyant. Si vous utilisez un nettoyant moussant/une brosse Clarisonic tous les jours, croyez-moi, votre peau demande pitié. Remplacez vos nettoyants agressifs par un lait nettoyant, vous aurez la peau tout aussi propre, le décapage en moins.

Marie : D’abord, ne stressez pas trop, n’essayez pas de trop en faire, surtout au début. Allez-y au fur et à mesure, et n’oubliez pas de vous fier à votre peau qui vous montrera ce qui marche ou pas.

Pensez à ce que vous mettez sur votre peau et qui reste toute la journée. En général, votre crème hydratante.
Voyez si elle est parfumée ou contient trop d’huiles essentielles. Si c’est le cas, laissez-la tomber.
Si vous utilisez une crème, passez à une huile. Les crèmes contiennent en général des produits de comblement, des cires, des conservateurs et des parfums.
Si vous utilisez déjà une huile, assurez-vous qu’elle ne contient pas trop d’huiles essentielles.

Lucy : D’abord, simplifiez et réduisez le nombre de produits que vous utilisez… l’accumulation de produits génère plus de confusion que de bien-être !
Apprenez à lire la composition de vos produits : Skin Deep est une excellente source d’informations. Je privilégie toujours les produits qui contiennent le moins d’ingrédients.
Concernant le minimalisme esthétique, je discutais avec un bon ami dermato qui me confiait voir beaucoup de peaux inflammées et sensibilisées, phénomène dû à des rituels beauté trop compliqués. On croit souvent que la quantité est important en matière d’anti-âge, mais utiliser un produit (et non pas 5) qui contient des ingrédients qui ont été validés scientifiquement (comme la vitamine A, B ou C) peut être plus efficace. Les produits ont tendance à se détériorer avec le temps (c’est souvent dû à la chaleur et à l’humidité des salles de bain) et peuvent perdre de leur efficacité, voire générer de petites inflammations et abimer la peau.

Shop the story

7 comments

Ajouter le votre
  • I’m definitly changing my beauty routine to a more natural and organic formulas! It transforms your skin for the better! :)
    http://www.fine-alchemy.blogspot.com

  • Beyond the very obvious that your interviewees mention, the trend for natural runs parallel to the growing fear that industrial pollution is getting out of hand. And ALL conventional cosmetics, and the vast majority of so called « natural » cosmetics, are part of the problem. They put a little marula oil at the bottom of the INCI list, and rebrand themselves as « natural ». We buy them, because we want to believe (because we’re lazy). Or because guys like you recommend them, and we trust you. But their formulas contain silicones (that’s plastics), paraffin oil, and a batch of synthetic preservatives that will extend their formulas shelf life, just to mention a few of the BAD ingredients that are commonly used. Now, why are they bad? Sure, they might generate dryness, allergies, you name it. More important, and less easily questionable: ALL these invisible tiny bits of synthetics, plastics and preservatives go down the drain with the shower, and migrate into the fish we eat, the rivers, the oceans, and they are killing us, and our natural environment, surely, slowly, and massively. THIS is, I feel, what you guys should be talking about when you discuss « organic » and « natural » in cosmetics, and why it’s important. Natural cosmetics should be COSMETICS THAT DO NOT HAVE A NEGATIVE IMPACT ON THE BIOSPHERE (and still be effective, and safe for use). Very few companies do that, and those who do are generally CERTIFIED organic (« organic » should not be used as a vague marketing buzzword, it has a legal content, and at least in Europe it does). Thanks for reading my rant. I do hope you understand and care.

  • Paula Begoun. Cosmetics cop. At least she can back up some of the claims. Don’t always believe everything you read and see online etc.. Clinique workers wear white coats. Are they scientists?? Make- up and skin care is basic chemistry. They probably don’t even know how something is formulated or how PH works. Same with the « natural » stuff.

  • Sehr geil! Hab zwar als Kind nie geschafft eine ganze aufzuschlecken, ohne vorher einen Krampf in der Zunge zu bekommen, aber die Idee ist echt super. Liebe Grüße,Mina

  • En Europe, il existe un label BIO qui répond à un cahier des charges très strict et précis. Quand un produit cosmétique porte ce label, nous pouvons l’acheter en toute confiance (ce que je fait personnellement depuis des années et ma peau me remercie). Je suis étonnée que ce genre de label n’existe pas aux États-Unis.
    Mais, comme l’a parfaitement expliqué Juliet, on n’achète pas BIO uniquement pour soi, pour sa petite personne. Consommer BIO, qu’il s’agisse de cosmétique ou d’alimentation, c’est avant tout encourager le développement du secteur et faire un geste pour la planète. C’est vraiment un acte militant, c’est aussi penser aux autres, aux générations futures.
    C’est ça qui est important.

  • Thank you for this very interesting article! I am trying to slowly change my cosmetic habits and buy more natural and ecological products, but I am sometimes a bit confused about their efficiency. Finding a good bio shampoo is hell, they don’t foam! I ended up realizing in the middle of the day that half my hair was super oily and sticky because my shampoo had not spread well in the morning (and felt like EVERYBODY could see it ahah). So I would love some recommandations about natural shampoo!

  • I too would be very interested to see what you guys come up with. I’ve been trying a lot of different things on the natural hair spectrum, from the easier (organically certified shampoos that still use milder surfactants, and the result is that they give me dandruffs, like all other shampoos) to the more hardcore solutions (no-poo, cleanses with raw egg or rhassoul… no more itching, zero dandruff, very happy scalp… but my hair becomes super heavy no matter what, and when you have fine long hair, it looks seriously disgusting, so that means permanent ponytail or scarf around my head). So I haven’t found the miracle solution yet.

From the Archives

Spring Trends
  • Spring Trends
  • Happy Holidays!
  • #AtelierDoréDoes
  • How To...
  • Things I Learned
  • Three looks
Spring Trench Atelier Dore

The Spring Trench

embroidery atelier dore

Embroidery Details

Modern Romance

Modern Romance

The Bold Blouse

The Bold Blouse

And We’re Off!

And We’re Off!

Summer Breeze

Summer Breeze

Pajama Party

Pajama Party

Spring Whites!

Spring Whites!

The Edit No. 4, Part 4: Work Wear Updated

The Edit No. 4, Part 4: Work Wear Updated